Pile à lire #International : des BD pour comprendre et décrypter le monde

Guerre, terrorisme, politique internationale... des réalités complexes éclairées par des enquêtes ou des récits de vie.

Par l'équipe Dargaud

PAL International

Sous forme d'enquêtes, de documentaires ou de témoignages, des scénaristes, dessinateurs et journalistes se sont penchés sur des faits de société de l'Histoire récente et nous en proposent des récits inédits et incarnés, précieux pour mieux les appréhender. 
Des États-Unis (L’homme qui tua Chris Kyle) à Jérusalem (Falafel Sauce Piquante) en passant par les geôles de Guantánamo (Guantánamo Kid), nous vous proposons, avec cette "pile à lire", de vous laisser guider à travers le monde et les époques au gré des analyses et décryptages de nos auteurs.

*** L’homme qui tua Chris Kyle par Fabien Nury et Brüno

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Le 2 février 2013, Chris Kyle, tireur d’élite des Navy SEALs (marine américaine) pendant la guerre en Irak, devenu héros étoilé, est assassiné par Eddie Ray Routh, ancien Marine souffrant de stress post-traumatique. Ce n’est pas un simple fait-divers, c’est une tragédie américaine. Clint Eastwood en a fait un film, American Sniper, qui raconte le point de vue de Chris Kyle ; Fabien Nury et Brüno, eux, ont choisi de mettre en scène celui d’Eddie Routh. Dans cette bande dessinée documentaire, il est question non seulement du crime lui-même, mais de tout ce qui le précède et de tout ce qui le suit : la guerre de Kyle, l’homme devenu héros, le "spectacle" du procès, la récupération politique... L’Amérique telle qu’elle est.

Avec Tyler Cross, Fabien Nury et Brüno inventaient de toutes pièces un personnage nourri de leur cinéphilie. L’homme qui tua Chris Kyle n’est pas du cinéma. Et pourtant... C’est en se documentant sur American Sniper de Clint Eastwood que Fabien Nury découvre cette histoire, symbole d’une Amérique hallucinée et hallucinante, dont les légendes autrefois porteuses d’espoir sont devenues des cauchemars. Un pays qui fait peur : fascination pour les armes, rôles des médias, religion, drogue... Nury et Brüno changent alors de braquet, délaissant la fiction traditionnelle pour construire un passionnant récit documentaire dont les « tenants et les aboutissants » racontent mieux les États-Unis que n’importe quelle histoire. Preuve, s’il en était besoin, que la réalité dépasse toujours la fiction.

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*** Guantanamo Kid par Jérôme Tubiana et Alexandre Franc

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Le héros – malgré lui – de cette histoire s’appelle Mohammed El-Gorani. En 2001, alors âgé de 14 ans, ce fils d’immigrés tchadiens est vendeur de rue à Médine, en Arabie saoudite. Fatigué de la discrimination qui, en Arabie, condamne les étrangers à demeurer en bas de l’échelle sociale, il rêve d’un avenir meilleur. Aussi, quand un ami lui propose d’apprendre l’informatique chez l’un de ses cousins, au Pakistan, il n’hésite pas une seconde. Deux mois après son arrivée surviennent les attentats du 11 Septembre. « Je n’y ai pas vraiment prêté attention », se souvient Mohammed. Pourtant, un jour, la police pakistanaise l’arrête. Soupçonné d’appartenir à Al-Qaïda – un nom qu’il n’a jamais entendu auparavant –, il est remis aux Américains, emprisonné en Afghanistan puis enfermé à Guantánamo. Il y passera huit longues années...

Guantánamo Kid est le récit passionnant d’un destin hors norme, celui d’un adolescent précipité dans le tourbillon de la « grande » Histoire et confronté à des enjeux géopolitiques qui le dépassent. On y découvre la vie quotidienne des prisonniers de ce camp, situé sur l’île de Cuba, dont Barack Obama avait promis la fermeture sans jamais pouvoir l’obtenir. Réalisé en partenariat avec Amnesty International, l’album prend la forme d’un réquisitoire contre les conditions de détention à Guantánamo, qui sont contraires aux conventions internationales et aux principes les plus élémentaires du droit. D’abord publié dans les revues XXI et London Review of Books, le récit documenté de Jérôme Tubiana acquiert une nouvelle dimension grâce à la mise en scène graphique d’Alexandre Franc qui privilégie la lisibilité et la simplicité, renforçant ainsi l’efficacité de la narration. Entre document historique, récit de vie, humour et émotion, Guantánamo Kid offre un témoignage aussi passionnant qu’indispensable sur un pan de l’Histoire contemporaine qui s’inscrit encore, hélas, dans l’actualité.

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*** Falafel Sauce Piquante par Michel Kichka

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En février 1974, un jeune Belge d’origine juive quitte sa ville natale de Liège pour s’installer en Israël. Quelques années plus tôt, il a découvert le pays en travaillant dans un kibboutz durant ses vacances scolaires. Cette fois, c’est du sérieux : une nouvelle vie commence ! Étudiant à l’Académie des beaux-arts de Jérusalem, il se familiarise avec la vie quotidienne, rencontre la femme de sa vie, devient père et s’engage, aux côtés de son épouse, en faveur de la paix au Moyen-Orient. Mais, au fil des années, alors que ses enfants grandissent, le climat politique devient de plus en plus tendu, et la vie quotidienne s’en ressent, jusqu’au jour tragique de l’assassinat de Yitzhak Rabin, en 1995. Désormais, en Israël, plus rien ne sera comme avant.

Michel Kichka retrace avec émotion et humour son parcours personnel, depuis sa jeunesse en Belgique jusqu’à son engagement au sein de l’association Cartooning for Peace, regroupant des dessinateurs de presse du monde entier engagés en faveur de la liberté d’expression. Lui qui se définit comme « laïc, juif à 100 %, non croyant et tolérant » raconte ainsi, en filigrane du récit de sa vie, l’évolution récente de la société israélienne, confrontée à la guerre, au terrorisme et à ses contradictions internes. Son graphisme, qui associe légèreté, réalisme et sens de la caricature, vient renforcer l’optimisme et la joie de vivre qui imprègnent son propos, en dépit d’un contexte général de plus en plus difficile pour les artistes et les pacifistes israéliens. Dessinateur de presse et auteur de bandes dessinées, Kichka reste avant tout un homme engagé et généreux qui n’a jamais renoncé à ses rêves, et qui délivre avec cet album un message d’espoir, de tolérance et d’ouverture à l’autre.

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*** S’enfuir. Récit d’un otage par Guy Delisle

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En 1997, alors qu’il est responsable d’une ONG médicale dans le Caucase, Christophe André a vu sa vie basculer du jour au lendemain après avoir été enlevé en pleine nuit et emmené, cagoule sur la tête, vers une destination inconnue. Guy Delisle l’a rencontré des années plus tard et a recueilli le récit de sa captivité – un enfer qui a duré 111 jours. Que peut-il se passer dans la tête d’un otage lorsque tout espoir de libération semble évanoui ?

La force de cet album extraordinairement prenant, outre l’intérêt exceptionnel du récit, c’est évidemment le dessin : la répétition d’un décor (ampoule au plafond, matelas, radiateur), qui nous fait sentir ce que le vide et l’attente peuvent avoir d’invivable ; l’alternance
 des couleurs, qui dit le jour et la nuit ; l’hypersensibilité avec laquelle Guy Delisle traite ce personnage, attachant dans le moindre geste. L’auteur réussit l’exploit d’entraîner le lecteur sans jamais le lâcher, et de le garder en état de fascination tout au long de ce livre certainement inoubliable.

S’enfuir est le résultat d’un travail de longue haleine. On ne sait plus à qui appartient l’humour discret qui rend la lecture de ce cauchemar si légère, malgré la tension extrême. « Christophe André est très calme, terre à terre, analytique. Il est arrivé à mettre ses pensées de côté, alors il a tenu. Malgré tout, c’était certainement plus angoissant à vivre que dans le livre, mais je suis habitué à l’humour, alors j’en ai peut-être ajouté un peu... », explique Guy Delisle.

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*** Haytham, une jeunesse syrienne par Nicolas Hénin et Park

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Ce qu’aimait Haytham quand il était petit, c’était grimper dans les citronniers et manger des clémentines sous les arbres. Haytham est né à Deraa, en Syrie. Il a 4 ans quand Hafez el-Assad décède. Le tyran est mort, laissant la place à l’espoir d’un peuple longtemps opprimé. Mais la répression s’installe de nouveau. En plein printemps arabe, c’est précisément dans la petite ville de Deraa où Haytham vit avec sa famille qu’éclatent la révolution et les premières manifestations. Le père d’Haytham s’engage et devient le tout premier « citoyen reporter » de cette rébellion, rapportant la répression, les premiers morts. Poursuivi par le régime, il doit d’abord se cacher, puis partir en exil. Un an plus tard, sa famille quitte tout pour le rejoindre. Haytham a 15 ans, il arrive dans un pays dont il ne parle pas la langue : la France...

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Quatre ans plus tard, après un bac mention bien, le jeune réfugié est élève de maths sup... Haytham, une jeunesse syrienne est un récit authentique, une BD documentaire tragique et plein d’espoir, raconté par Nicolas Hénin, grand reporter spécialiste de la région ; Kyungeun Park, dessinateur ; et Haytham lui-même. Le scénariste laisse la parole au jeune garçon, et c’est à travers son personnage que l’on suit les événements. C’est bouleversant et instructif. Alors que nous assistons aujourd’hui, impuissants, au déchirement de la Syrie, voici le début de l’histoire : la naissance de la révolution. Un récit de l’intérieur, par un des enfants de ce pays ravagé et un des journalistes les plus investis dans la défense de son peuple. Les faits sont racontés simplement : la vérité mise à nu – la violence, l’horreur, l’espoir, la ferveur... La mise en images détaillée et réaliste plonge le lecteur au cœur du drame.

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*** Reporter par Renaud Garreta, Laurent Granier et Gontran Toussaint (2 tomes)

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La série d’aventures Reporter se situe au cœur de l’Histoire contemporaine. Renaud Garreta, auteur rodé à l’exercice, et Laurent Granier, reporter, nous entraînent dans le sillage d’un jeune journaliste français envoyé aux quatre coins du monde pour couvrir de grands événements.

Dans le premier tome, Alabama 1965, Bloody Sunday…,  le jeune reporter Yann Koad est dépêché aux États-Unis, où il doit faire un reportage sur la lutte des Afro-Américains pour obtenir le droit de vote. Le récit est solidement documenté – avec un rappel précis des événements replacés dans leur contexte –, mais aussi terriblement prenant. Le lecteur, embarqué dans le sillage de Yann, découvre avec lui la violence du Ku Klux Klan et les méthodes du FBI, assiste à l’embrasement des marches de Selma et à l’assassinat de Malcom X. Le trait réaliste du jeune dessinateur Gontran Toussaint, marqué par l’influence de Giraud et d’Hermann, fait merveille, accentuant cette impression d’être au cœur de la tourmente. Un premier tome terriblement efficace !

opengraphDans le tome 2, Les derniers jours du Che, nous retrouvons Yann Koad sur les traces d’Ernesto Rafael Guevara qu’il va rencontrer en Bolivie, juste avant son assassinat – et c’est sur ces tout derniers moments de la vie du Che que se concentre le récit. L’immersion est totale, d’une part grâce au scénario ultra-documenté, et d’autre part car l’action et l’aventure ne sont pas oubliées... Hasta siempre comandante !

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Bonnes lectures !

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