Pile à lire #Humour : les génies de l'humour sont là pour vous !

Que lire ? Devant une bibliothèque pleine de promesses, le choix est toujours cornélien.

Par l'équipe Dargaud

Pile à lire #Humour : les génies de l'humour sont là pour vous !

En cette période difficile, nous vous recommandons de vous tourner vers les plus grands spécialistes… de l’humour. Parmi les génies qui sauront traiter avec succès votre moral en berne, nous vous prescrivons la (re)lecture de Gotlib, Bretécher, Larcenet et quelques autres grandes plumes, dont les chefs d’œuvre sont certainement en bonne place dans vos bibliothèques !

Quoiqu’il en soit, nous vous proposons de redécouvrir les premières pages de tous ces formidables albums dans cet article. Nous vous souhaitons une bonne lecture et des éclats de rire salvateurs !

Les Vieux Fourneaux par Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Couverture des Vieux Fourneaux par Lupano et Cauuet

Les trois copains (Mimile, Pierrot et Antoine, dans les 250 ans au total), soudés par une amitié indéfectible au-delà de vigoureuses engueulades, cabossés, farcis d’arthrose, viscéralement anars, insoumis pour de bon, incarnent à merveille le message de cette aventure indispensable à qui serait tenté de désespérer de tout : grand vent de liberté, solidarité, forte résistance à l’injustice et à la connerie. Une incroyable comédie sociale signée Lupano et Cauuet. Impossible de rester indifférent à l’histoire dans laquelle nous embarquent Antoine, Mimile et Pierrot, trois septuagénaires truculents !

On qualifierait volontiers le récit de Wilfrid Lupano de « déjanté » s’il n’était ancré si profondément dans la vie – une vie de luttes syndicales, de révoltes contre les injustices, d’amour parfois. Reste que les dialogues sont époustouflants : un langage haut en couleurs sans être jamais vulgaire, des répliques hilarantes, des mots qui font monter les larmes aux yeux. Le dessin de Paul Cauuet est à l’unisson : vif et ciselé, il joue à merveille des expressions corporelles. Vive la vie !

Le nouvel album est disponible en librairie et en "clique et cueillette" !



Docteur Ventouse Bobologue par Claire Bretécher

Couverture du Docteur Ventouse Bobologue, par Claire Bretecher

En 1985, avec toute l’acuité et l’humour grinçant qui la caractérisent, Claire Bretécher dresse un portrait au vitriol des médecins, de leurs patients et de leur environnement. De l’assistante apprentie astrologue aux visites des laboratoires pharmaceutiques, des hypocondriaques aux spécialistes dépassés, Docteur Ventouse Bobologue est une saine lecture.
Au fil de ses histoires, Claire Bretécher s'impose comme la plus grande "humoriste-sociologue" du 9e art. Faussement simpliste, son graphisme nerveux et précis soutient parfaitement son propos, lucide et sans concession — surtout quand sa cible est friquée, nombriliste et désabusée — mais plein de tendresse pour certaines femmes et à peu près tous les enfants...

Claire Bretécher excellait à s’imprégner de l’air du temps, et notait avec justesse les évolutions de la société des années 1970 et 1980: libération sexuelle, plus grande visibilité des couples homosexuels, évolution des techniques de procréation et interrogations éthiques assorties. Elle n’épargnait personne: ni les machistes, ni les féministes, ni aucun idéologue. Mais comme elle le faisait remarquer, elle n’avait aucune prétention sociologique ou journalistique.

En dehors de la bande dessinée, Claire Bretécher pratiquait (avec grand talent) l'art de la peinture, en témoignent les portraits hypersensibles de ses proches (ou les autoportraits) tirés de ses carnets intimes et repris dans les albums Portraits (Denöel, 1983), Moments de lassitude (Hyphen, 1999) et Portraits sentimentaux (La Martinière, 2004). Claire Bretécher est décédée le 11 février 2020.



Le Démon de midi par Florence Cestac

Couverture du Démon de midi de Florence Cestac

Vers la quarantaine, le mâle humain a coutume de quitter son épouse usagée pour aller cavaler dans des pâturages plus verts. Comme on disait dans nos campagnes en ces temps lointains où les vaches mangeaient encore de l'herbe, "changement d'herbage réjouit les veaux". Florence Cestac nous décortique au scalpel ce sujet d'intérêt général, des premiers symptômes à l'explosion finale en passant par les affres de la déprime intégrale "robe de chambre-canapé".
"Toi, tu es la femme de ma vie. Elle, c'est autre chose, c'est une fée", a dit le héros avec la candeur touchante du mâle en route pour l'aventure.
Le héros s'étant donc tiré avec sa fée, l'héroïne se pose des questions rétroactives sur son attitude en général et sa cellulite en particulier, découvre que tout le monde savait sauf elle, écoute les conseils vaseux des copines, tente de renouer avec d'anciens jules catastrophiques et en teste des tout neufs au rayon bricolage du BHV. Elle explique à son môme que papa s'est absenté sur la planète Mars - ce que le môme traduit par "papa y s'est fait le cerise sur la planète mars avec une pétasse que maman elle aime pas". Elle se regonfle au "Petlaform", picole un peu, sanglote beaucoup, et enterre le chien qui s'est mis à mourir au milieu de tout ça - la cerise sur le gâteau. Bref, elle "gère" et elle survit.

Franchise désarmante, humour vache (et tendre), connaissance parfaite de son sujet - Florence Cestac, dont on aimait déjà le célèbre Harry Mickson, est au mieux de sa forme. Le Démon de midi devrait faire hurler de rire 100% des filles et quelques garçons triés sur le volet - les autres dissimulant leur joie derrière un sourire poli. Mais on devine tant de détresse entre deux fous rires que ce livre (joliment préfacé par Jean Teulé) touchera finalement tous ceux qui, un jour ou l'autre, se sont cassé les dents sur cette chose exaltante qu'on appelle l'amour.
Petit conseil pratique : Le Démon de midi est un cadeau de rupture idéal, beaucoup moins onéreux qu'un diamant. Comme cadeau de mariage, c'est plus délicat et nous vous conseillons de tester préalablement la solidité de l'humour des fiancés.



La Rubrique-à-Brac par Gotlib

Couverture des Rubriques à Brac de Gotlib

Quelques mois avant Mai 68, Marcel Gotlib lançait un pavé jubilatoire dans les pages de Pilote. Son nom ? La Rubrique-à-Brac. Cette chronique sociologique mâtinée d’humour et de délire, dans l’esprit du magazine américain Mad, succédait aux Dingodossiers dessinés par le même Gotlib sur des scénarios de Goscinny. Le pitch de la Rubrique-à-Brac était aussi court que la trajectoire d’une pomme tombant sur le crâne d’Isaac Newton : traiter de sujets aussi divers que loufoques sur un ton aussi sentencieux que didactique...

Gotlib donne naissance à de multiples personnages restés dans toutes les mémoires. Aux côtés de Newton, le lecteur retrouve l'inénarrable Coccinelle et le savant-professeur Burp ou bien encore Tarzan et le Petit Chaperon Rouge, sans oublier les policiers Bougret et Charolles.
Véritable banc d'essai, ces Rubriques-à-Brac imposent Marcel Gotlib comme l'un des pionniers de la bande dessinée pour adultes.

Dans ses dessins comme dans ses textes, Gotlib oscille du dérisoire à l'absurde. Son goût pour l'autoportrait, les gags, la satire, l'humour noir et les jeux de langage est le moteur d'une superbe maîtrise du récit qu’il testera également au cinéma. Ses personnages Isaac Newton, la Coccinelle, Gai-Luron, le professeur Burp, Superdupont, Hamster Jovial, Bougret et Charolles composent un répertoire singulier au sein du paysage de la bande dessinée française. L'artiste, non sans tendresse, place le lecteur face aux excès de l'homme, être mélancolique et fragile, souvent pris aux pièges de ses désirs et de son instinct.



Les Bidochon relancent leur couple par Binet

Couverture des Bidochon T.22, par Binet

Après une séance de cheval folklorique et ses dégâts collatéraux (le dos en compote), Raymonde déclare que « c’est pas la peine de vieillir si c’est pour devenir vieux » et met au point une stratégie de haut vol pour sortir son Bidochon de la routine. Dans un premier temps, Robert se voit offrir un soin du visage (au concombre) pour son anniversaire, et ça ne l’emballe pas. Puis, sur les conseils d’une copine, Raymonde se rend chez Pamela, à une soirée lingerie sextoys – la version émoustillante des réunions Tupperware. Elle y découvre l’existence de tout un matériel destiné à rendre la vie sexuelle plus exaltante, à condition que le partenaire ait envie de s’exalter. Mais Robert n’est évidemment pas du genre à souhaiter s’exalter. Éternel rabat-joie soupçonneux et grincheux, il n’entrevoit pas une minute les possibles vertus d’un cockring ou d’un quack-quack baby, et se contente de râler parce que c’est made in China. Il ne remarque même pas que, avant de se glisser dans le lit à côté de lui, Raymonde s’est donné la peine d’enfiler un body stocking à fermeture éclair et oreilles de lapin – il ne remarque pas non plus qu’elle garde le costume sous sa robe de chambre au petit déjeuner.

Dans ce vingt-deuxième album des Bidochon, Binet dévoile les piteuses tentatives de Raymonde pour entraîner son homme dans l’univers du sexe gadgétisé et des « améliorations » esthétiques – les lèvres de Pamela rendues pulpeuses par injection de « graiffe des cuiffes », c’est tordant. D’autant que le dessin de Binet – qu’il s’agisse d’un canasson mal embouché, de Raymonde en Bunny à la mode Playboy, des copines figées en pleine extase après avoir testé le gel censé exacerber les sensations clitoridiennes – est irrésistible ! Indispensable cadeau pour couples en panne de sensations fortes...



Dans la combi de Thomas Pesquet par Marion Montaigne

Couverture de Dans la Combi de THomas Pesquet par Marion Montaigne

Gamin, Thomas voyageait dans des fusées et partait à la conquête de l’espace... comme beaucoup d’enfants à travers le monde. Mais, devenu adulte, lui l’a fait pour de vrai ! Le 17 novembre 2016, à 20h20 UTC, le Français Thomas Pesquet décollait à bord d’un vaisseau Soyouz... Quarante-huit heures plus tard, il rejoignait la Station spatiale internationale, dans laquelle il allait passer six mois – 196 jours ! – avec cinq autres spationautes. Un rêve devenu réalité ; un exploit scientifique ; une expérience inouïe et un engouement médiatique spectaculaire ! Marion Montaigne retrace le parcours de ce type pas banal, depuis sa sélection par l’Agence spatiale européenne jusqu’à son retour sur Terre, et même un peu après. Dans la combi de Thomas Pesquet, de Marion Montaigne, est un docu-fiction consacrée au spationaute. L’auteure, spécialiste de la vulgarisation scientifique – et humoristique – en bande dessinée, nous propose de revenir sur le parcours de Thomas Pesquet en six chapitres – sa sélection, sa formation, la mission Proxima, la vie dans la Station spatiale internationale, son retour sur Terre et l’après.

Petit bonus, dans chaque partie, elle distille des informations contextuelles sur l’histoire de la conquête spatiale depuis la guerre froide, les implications physiologiques des séjours dans l’espace, le financement des expéditions... ou tout simplement sur le quotidien là-haut. Un sacré boulot pour celle qui, pendant deux ans, s’est obstinée à suivre la trace de Thomas, entre Cologne, Moscou, Huston et Baïkonour. On apprend énormément et on rit tout autant, car Marion Montaigne a dégotté des anecdotes amusantes et montre un vrai sens de la mise en scène. Plus de 200 pages hyperdenses, souvent drôles et toujours passionnantes !



50 nuances de Grecs par Charles Pépin et Jul

Couverture de 50 nuances de Grecs par Pépin et Jul

50 Nuances de Grecs remet en scène les plus grands mythes de l'Antiquité grecque dans les situations les plus actuelles... Hercule à Acropôle-Emploi, Zeus chez son avocate pour négocier les pensions alimentaires, Icare lançant une compagnie aérienne low-cost ou le dieu Pan mis en examen pour ses liens avec un proxénète surnommé "Dionysos-la-Saumure"... Avec leur oeil malicieux et leur art du détournement, Jul et Charles Pépin revisitent ce patrimoine mythologique, dans une encyclopédie drôle et savante, où défilent tous les travers de notre société !

Retrouvez l’Olympe au grand complet, à travers notre héritage commun.

50 nuances de Grecs s’impose comme une série populaire et érudite à la fois, et réunit des générations de lecteurs que les nouveaux modes de consommation culturelle séparent trop souvent : loin des big data qui anticipent les goûts de chacun, cet album trouve un écho chez les amoureux de l’actualité, les passionnés de mythologie, « les mini-Jean-Pierre Vernant » qui dès l’enfance se montrent incollables sur les généalogies divines... mais aussi tout simplement chez tous ceux qui aiment être surpris et redécouvrir cet héritage magnifique.



Le Chat du Rabbin par Joann Sfar

Couverture du Chat du Rabbin par Joann Sfar

En 2000, Sfar a un coup de cœur pour un chaton. « C’était le plus moche et le plus étrange chat que j’aie jamais vu. » Il s’appelle Imhotep et ses grands yeux semblent questionner le monde. Alors Sfar lui donne la parole. Ce coup de cœur, qui aurait pu rester anecdotique, nous a donné un conte d’une grande beauté, plein d’intelligence, d’humour et de tendresse dont le sujet central est la parole — et l’espoir, souvent déçu, de vivre ensemble dans un monde où certains cultivent la haine. Observateur finaud des travers humains, champion de dialectique vicelarde, infatigable trublion, le chat rumine ses détresses en se léchant le trou de balle — c’est l’un de ses charmes, ce contraste entre le chat philosophe, qui tient des propos fort subtils, et le matou ordinaire. Imhotep s’en est allé au paradis des chats, mais Sfar continue de le faire vivre : « Fred me disait : «Il y a des personnages qui finissent par se dessiner tout seuls car ils ont une âme. » Et ce chat a une âme, déconcertante et infiniment touchante.

Et puis Sfar cultive un désir vital de « raconter ». Alors il installe le chat à Alger, dans un décor luxuriant de coussins, carrelages et tapis orientaux, et raconte la vie d'une communauté juive au début du XXe siècle. Avec, dans les rôles principaux, la population d'Alger, le chat (ça va de soi), le rabbin (infiniment émouvant et casse-bonbons), sa fille (dont les amours contrarient le chat), et le cousin légendaire — le Malka des lions. Le résultat est un conte initiatique d'une rare beauté qui brasse (en virtuose) la théologie, l'ironie philosophique, l'humour et les détresses humaines.



Le Retour à la Terre Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Couverture du Retour à la terre de Ferri et Larcenet

Ah, la campagne, les petites fleurs, les bébêtes qui montent qui montent, et tout et tout... Quel citadin n'a rêvé d'aller s'y ressourcer ? Manu Larcenet a chopé le virus. À lui et à Mariette, sa compagne, le gazouillis des oiseaux, le doux bruit des ruisseaux et tout et tout ! Quand, comme Manu, on a passé sa vie en banlieue parisienne, ça change. Toujours timide, Manu était à cent années-lumière d'imaginer que le récit de sa nouvelle vie pouvait intéresser le moindre lecteur. Et puis, il est difficile de s'occuper d'un châtaignier de 45 mètres déposé dans son jardin par des voisins sympas tout en s'observant par la fenêtre !
Heureusement, parmi les amis venus découvrir le nouveau monde de l'auteur, se trouvait Ferri. Il s'est collé au récit des avatars de nos deux citadins depuis leur arrivée aux Ravenelles, 89 habitants (dont une jolie boulangère).

Les aventures de Larssinet, scénarisée par Ferri et dessinée par Larcenet, est un véritable bijou, sommet d'humour léger, tendre et absurde qui vous réconciliera avec la nature, l'humanité, les habitants des profondeurs et vous donnera envie d'avoir un bébé. Absolument indispensable.



Bonne lecture !

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