Les "démons" de Florence Cestac
Après Le Démon de midi, Le Démon d’après-midi, Le Démon du soir et Le Démon de mamie, retrouvez Noémie, le double de papier de Florence Cestac dans Elle ne fait pas son âge !
Table des matières
Tiens, Noémie est déjà de retour ! Nous l'avions laissé en janvier dans Le Démon de mamie ou la sénescence enchantée (lire plus bas), on la retrouve avec bonheur dans :
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Pardon ? Qui est Noémie ? ! Mais enfin, Noémie est… une femme ; une femme comme les autres, ou presque. Elle est celle qui, à quarante ans, s’est fait larguer par son mec pour une nana plus jeune (Le Démon de midi). Celle qui, dix ans plus tard, affichait une cinquantaine
libérée et décomplexée (Le Démon d’après midi). Celle qui, à soixante ans, apprenait, après une mammographie de contrôle, qu’il y avait une « anomalie » (Le Démon du soir). Celle qui enfin, à soixante-dix ans, dévore la vie avec appétit (Le Démon de mamie). Noémie, c’est le double de papier de Florence Cestac. On la retrouve dans ce recueil de planches dessinées il y a quelques années pour le magazine Femme Majuscule.
Florence Cestac imagine le personnage de Noémie en 1997 pour raconter, exorciser peut-être, la tromperie amoureuse qu’elle vit. Cela fait presque trente ans maintenant que Florence cohabite avec Noémie ; trente ans que la première raconte chaque étape de sa vie de femme à travers la seconde.
Noémie dit tout, sans tabou, à la façon de Cestac : avec finesse, justesse, humour et sincérité. Dans ce recueil d’histoires – des saynètes de une à quatre planches –, publiées dans un magazine pour « les femmes de plus de quarante-cinq ans » et complété par quelques récits plus récents, on retrouve Noémie au fil de la vie. Et on y parle du couple, des hommes, du sexisme ordinaire (et de son compagnon, le machisme), de l’usure du temps ou des rapports entre les générations. Le ton, volontiers satirique, souvent hilarant et parfois émouvant, s’accorde au trait « patatoïde » (c’est ainsi que la dessinatrice le qualifie !) terriblement expressif.
L’ensemble est d’une drôlerie folle, d’une justesse renversante et d’un féminisme salvateur !
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Le Démon de mamie
Le démon de mamie ou la sénescence enchantée... Voici le titre de la nouvelle tranche de vie croquée avec toujours autant d'humour et d’acuité par la Grand Prix de la Ville d'Angoulême en 2000. "Sénescence", si l'on en croit le dictionnaire il s'agit "du processus de ralentissement de l'activité vitale chez un être vivant." Aucun ralentissement visible chez Florence Cestac, qui nous réjouit d'un album par an depuis... 1979 !
Devenues grands-mères, Noémie et ses copines naviguent avec aisance dans l'univers - chargé et ultra-organisé - des bébés d'aujourd'hui. Une fois les nourrissons devenus des enfants, elles gèrent avec la même adresse les colères (en public, évidemment), les "accidents de boyauterie", les voyages en train... Et quand elles ne s'occupent pas de leurs chers petits-enfants, elles s'échinent à rappeler à leurs propres parents que, NON, elles ne sont pas des "gentilles dames", mais leurs filles !
Les maris ? Elles les ont largués (presque). Et pour s'activer, faire tenir ce corps qui lâche, elles ont tout essayé : aquagym, rando, club. Les rencontres ? Non, ça, on oublie ! Voilà, ça y est, Noémie et ses copines découvrent "la sénescence enchantée"...
Pourquoi on aime
❤ Tout, tout, vous saurez tout sur le 4e âge. Les petits-enfants, les vieux parents qui perdent la boule, le corps qui lâche, les deuils successifs…
❤ Avec son énergie inégalable, Florence Cestac ne met rien sous le tapis, sans se départir de cet humour salutaire qui fait sa signature.
❤ Parce que c'est Florence Cestac tout simplement, une autrice pionnière du 9e art, « trésor national vivant » !
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La saga du Démon
Après Le Démon de midi, Le Démon d'après-midi et Le Démon du soir, nous
retrouvons avec plaisir Noémie, le double de papier de Florence Cestac, dans
Le Démon de mamie !
Avec son incorrigible façon de voir la vie en rose et son inaliénable liberté, l'autrice signe le dernier opus d'une série incontournable, aussi hilarante qu'émouvante. Elle y dresse un inventaire à la Prévert des petites joies et des gros tracas liés à cette période de la vie, et, à son habitude, elle ne glisse rien sous le tapis !
Se marrer en évoquant la vieillesse et ses embûches, qui d'autre pouvait réussir la prouesse ? De son trait rond, qu'elle qualifie elle-même de "patatoïde", et terriblement expressif, avec un humour franc et une gouaille audacieuse, elle raconte la vieillesse, les douleurs, les deuils, l'Ephad, le cerveau qui se barre en sucette, la fin de vie...
Derrière les trognes au gros nez et sorties truculentes affleurent la tendresse, la douceur et quelquefois la peur.
C'est authentique et poignant : tout, tout, tout, vous saurez vraiment tout sur le quatrième âge !
Entretien avec Florence Cestac
Avec provocation, on pourrait dire que le féminisme est "à la mode".
Féministe, vous l'êtes assurément ; vous êtes aussi grand-mère : êtes-vous
une grand-mère féministe ?
On parle beaucoup de féminisme, et c'est tant mieux ! Pour moi, fille de 1968, c'est très important ! J'ai pleinement vécu ces événements.
Avec les camarades, on allait faire la révolution... Pour cela, je me suis fâchée avec ma famille, j'ai même fait de la taule !
J'en parle à mes petits-enfants, évidemment, mais sans exagération ; ce n'est pas toujours réfléchi. Je leur explique un peu comment c'était à mon époque, mais ce sont plutôt des anecdotes, pas des "leçons".
Mes convictions, elles sont dans mes albums : là, je raconte et je dénonce à ma façon... Je veille à ne pas blesser les gens, à ne pas céder à la vulgarité. L'humour, ça doit être subtil : il faut que les gens se reconnaissent dans mes personnages, mais ils ne doivent pas se sentir agressés.
C'est différent aujourd'hui, surtout avec les réseaux sociaux, il y a pas mal d'exagération, des condamnations un peu rapides... En 1968, on a fait bouger les lignes, mais c'est sûr, il reste beaucoup à faire ! Le combat reste à mener, mais il faut le mener ensemble, "avec amour ". La violence n'est pas nécessaire.
À la lecture de vos albums, on est sidéré par la liberté qui vous anime : elle
ne vous a jamais quittée ?
F. C. : J'en ai bavé, gamine. Mon père m'a cassée : je raconte tout ça dans Un papa, une maman, une famille formidable (la mienne !). J'ai grandi en m'entendant répéter que je n'étais bonne à rien. J'ai tout plaqué, je suis restée fâchée longtemps avec mes parents, avec mon père. On attendait de moi que je trouve un gentil garçon, qu'on se marie, qu'on ait des enfants... J'ai fait tout le contraire ! Je n'en ai fait qu'à ma tête, et je n'ai aucun regret ! J'ai une vie sympa, super-riche et vraiment je me suis bien amusée.
J'ai tout fait pour rester libre, pour fuir les contraintes - à la librairie, puis avec les éditions [Futuropolis] et dans mes albums. Je le suis profondément, libre.
De même, on a l'impression que vous n'avez peur de rien... à moins que rire
ne soit une façon d'exprimer vos peurs ?
F. C. : Peur ? Aujourd'hui, non ! J'ai pris de la force... J'ai lutté avec mon père, je lui ai prouvé que je n'étais pas une conne. J'ai lutté pour imposer mon dessin dont on disait qu'il était "moche", "vulgaire", "pas féminin"... Dans le milieu de la bande dessinée, au départ, ce n'était pas facile. Mais je n'ai pas souffert, j'ai fait ce que je voulais, je n'ai rien lâché, et finalement mes albums ont plutôt bien marché.
Tout ça, ça m'a donné de l'assurance, alors, non, je n'ai pas peur.
F. C. : C'est Noémie qui dit au revoir... Ainsi, je marque la fin d'un cycle d'histoires.
Il n'y aura pas de suite : je ne me vois pas faire Mamie au paradis... ou Mamie en enfer ! Moi, j'ai d'autres projets...
En général, j'alterne un album solo et un album avec un scénariste. Je prépare un album sur la cuisine, avec un ami d'enfance qui en a fait son métier. Autant dire qu'il connaît bien le sujet !
Un autre album dans la collection "BD Cul" ?
F. C. : Ah ! On m'en parle souvent. Ginette, c'était mon confinement ! Fallait bien que je m'occupe. J'avais cette idée, j'ai contacté l'éditeur... Voilà. En faire un autre, pourquoi pas ? Mais il faudrait que j'aie une nouvelle idée. Je ne vais pas faire une suite.
Bon, d'autres projets alors ? Des choses que vous n'avez pas encore faites et
qui vous trottent dans la tête ?
F. C. : Eh bien, j'ai bouclé un album qui lui aussi paraîtra chez Dargaud en
septembre 2025. Il s'agit d'un recueil de planches que j'ai dessinées il y a quelques années pour le magazine Femme majuscule, et que j'ai complété avec quelques histoires courtes.
Pour le reste... oui, il y aura autre chose ! Les idées me viennent au hasard de la vie, au gré des rencontres. Le prof qui a sauvé sa vie, c'est ça ! Je ne savais pas qu'Albert Algoud avait été enseignant avant qu'il ne me le raconte, et tout de suite je lui ai proposé d'en faire un album. Et voilà !
L'album sur la cuisine, c'est pareil... Il est né de retrouvailles avec un pote d'enfance que j'avais perdu de vue. On s'est retrouvés, il m'a raconté sa vie...
Les histoires naissent de rencontres avec les autres : au bistro, aux puces, dans la vie... Et puis il y a ma bande de potes, ma tribu : des amis d'enfance, quelques dessinateurs.
Bref, il y aura d'autres albums !
Bonne lecture !
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