Cauchon ou l'homme le plus détesté du royaume de France

Le 20 décembre 1430, Jeanne d’Arc est remise aux Anglais par les hommes de Jean de Luxembourg qui l’avaient capturée. La sorcière, la putain, comme l’appellent ses ennemis, va être jugée par l’Église. Pour mener ce procès monumental est choisi Pierre Cauchon, évêque de Beauvais.

Par l'équipe Dargaud

Cauchon

Table des matières

Et si Pierre Cauchon, le grand ordonnateur du procès de Jeanne d’Arc, n’était finalement pas l’iconique crapule de l’histoire de France ? Profitant des zones d’ombre d’un événement pourtant très documenté, Xavier Dorison et Louis-David Delahaye imaginent un tout autre portrait de l’évêque de Beauvais. Certes, il est au service du roi d’Angleterre et souhaite faire la lumière sur la vraie nature de la Pucelle, afin de la punir.

En effet, Dieu étant forcément du côté anglais, Jeanne ne peut être qu’une menteuse en prétendant le contraire. Le procès semble ainsi joué d’avance, et l’évêque de Beauvais tient parfaitement son rang en tendant des pièges retors à la jeune femme, qui n’a personne pour l’assister. Mais contre toute attente, Jeanne tient tête brillamment à ses accusateurs, et les minutes du procès montrent que l’attitude de Cauchon évolue au fil des débats.

Cauchon_proces

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Autopsie du procès du siècle

Plutôt que de se pencher sur la figure rebattue de la Pucelle d’Orléans, Cauchon... ou l’Homme qui tua Jeanne d’Arc, préfère scruter en profondeur le déroulement de son procès, à travers le personnage de l’évêque de Beauvais, qui dirige les audiences. Légaliste, il met un point d’honneur à respecter les procédures pour que le jugement soit irréprochable. Pour autant, il est au service du roi d’Angleterre et s’il diligente une enquête de réputation à Domrémy, c’est dans l’espoir de récolter ragots et rumeurs pour incriminer Jeanne. 

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La fin de l’histoire est plus complexe, car si l’on en croit ses questions - dûment consignées - au fil du procès, l’attitude de Cauchon envers la Pucelle évolue.  En s’appuyant sur l’ensemble des faits avérés, tout le talent des auteurs est d’imaginer les raisons pour lesquelles le prélat aurait vu son opinion sur Jeanne changer radicalement.

Quelle mécanique fait muer sa perception de l’accusée ? Que se sont-ils dit lors de leurs discussions privées ? Et surtout, pourquoi et comment Jeanne revient-elle brusquement sur son abjuration, ce qui la mène fatalement au bûcher ? Autant d’énigmes qui valaient bien de proposer une explication en bande dessinée.

Décors somptueux, découpage brillant, couleurs alternant le chaud et le froid : tout est un régal pour les yeux. Au fil des pages, cette fresque met en lumière l'ambiguïté de Pierre Cauchon.

La Vie

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En résonance avec le monde contemporain

Si le procès de Jeanne d’Arc fascine autant lorsqu’on examine son déroulement, c’est que, malgré son caractère parfaitement médiéval, il fait écho à des préoccupations très modernes. On retrouve dans l’album ces parallèles avec des problématiques actuelles. Seule face à 70 lettrés rompus à l’art de la rhétorique, la paysanne Jeanne n’a, par exemple, pas grand-chose à espérer du jugement. Les jurés sont là pour la condamner et n’ont qu’une attente, qu’elle reconnaisse ses mensonges. 

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Ce procès, biaisé et éminemment politique, fait penser à ceux organisés par Staline pour éliminer toute opposition. De même, l’intention de Cauchon est de décrédibiliser Jeanne d’Arc pour enterrer les « fables » de la jeune femme sous un autre discours, celui du camp anglais. On dirait aujourd’hui que l’évêque essaye d’imposer son storytelling pour gagner l’opinion publique. 

Et puis, ce procès est également une métaphore du pouvoir des idéalistes, un sujet qui tient à cœur aux auteurs, convaincus que l’idéalisme, positif ou négatif d’ailleurs, est contagieux. L’évêque de Beauvais, d’abord cynique, s’imprègne de l’incroyable force de conviction de Jeanne. Cauchon... ou l’Homme qui tua Jeanne d’Arc est aussi une façon de louer l’impact des individus lumineux ou inspirants.

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Le fruit d'un travail d'orfèvre

Cauchon... ou l’Homme qui tua Jeanne d’Arc fait partie de ces albums hors norme qui associent un récit captivant, un dessin spectaculaire et un livre-objet, immergeant les lecteurs dans l’époque de l’intrigue avant même d’en avoir parcouru la première page. Plus de 140 planches flamboyantes réalisées en couleurs directes par Joël Parnotte ; l’historien David Glomot, docteur en histoire médiévale, comme conseiller scientifique à temps plein ; une graphiste intégrée à l’ensemble du projet pour penser les pages de garde, la couverture, et donner corps à un ouvrage somptueux ; un an de travail pour les scénaristes, plus de trois pour le dessinateur, voilà les caractéristiques d’une bande dessinée à la documentation rigoureuse et au découpage qui rappelle furieusement celui du 7e art.

Le dessinateur atteint une sorte de sommet qui sublime totalement le scénario de ses deux compères. La lecture de ces quelque 140 planches est, sur tous les plans, impressionnante.

Eure Infos

Le procès de Jeanne d'Arc comme vous ne l'avez jamais lu ! 

Le dessin spectaculaire de Joël Parnotte renforce la dimension romanesque d'un récit aux allures de superproduction. Vibrant.

Ouest-France

 

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