Undertaker : les dix ans d'une série phénomène
En seulement huit albums, Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie ont imposé Undertaker comme un classique incontournable de la bande dessinée !
Table des matières
C'est plus que du western
Des personnages forts et complexes, de grandes questions existentielles (le pouvoir, l’éthique, l’identité, le fanatisme religieux)… Et dans chaque diptyque, une problématique politique qui résonne fortement avec notre monde contemporain.
Chaque cycle cache une véritable tragédie grecque, un conte philosophique où les batailles de valeurs de l’époque reflètent des problématiques bien actuelles.
Le cycle du mangeur d'or
Un croque-mort, une gouvernante anglaise, une domestique chinoise... Voilà les protagonistes du 1er cycle de la série Undertaker. Trois jours, un corbillard et un trésor caché, 50 miles à parcourir et une ville entière de mineurs survoltés à leurs trousses, voilà leur défi ! Un affrontement entre la justice et la morale.
Le cycle de l'ogre
Jonas Crow face à un ennemi diabolique : un monstrueux chirurgien qui transforme chaque patient en complice mortel contre l'Undertaker... Une chasse à l'homme haletante s'engage... Se pose ici la question de l’utilitarisme social : peut-on sauver 9 personnes sur 10 tout en réclamant de pouvoir tuer la dernière ?
Le cycle de l'Indien blanc
Un mort à retrouver en territoire ennemi… Dès qu’il est question de cadavre, c’est Jonas Crow qu’on appelle ! Action, vengeance et secrets au programme de ce cycle. Le dilemme de Jonas reflète ici celui des Indiens : se renier pour s’adapter à la société et survivre ou être fidèle à lui-même… et mourir.
Le cycle de Sister Oz
Entre trahisons, règlements de comptes et luttes de pouvoir, un cycle explosif qui aborde une thématique forte et d’actualité, le fanatisme religieux.
Deux visions du monde s'affrontent : la piété mystique et la défense farouche de la liberté et la tolérance.
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Entretien avec les auteurs
Les premières pages de cet album (tome 8 Le Monde selon Oz) nous plongent dans la guerre de Sécession, plusieurs années avant l’intrigue principale du diptyque. Pourquoi était-ce important pour vous de faire ce saut dans le passé ?
Xavier Dorison : Ce cycle se passe dans un petit village du Texas, un état du Sud qui est sorti vaincu et humilié de la guerre. Le sujet central, c’est la façon dont on peut détourner la colère et l’humiliation des gens, qui ont parfois un désir de vengeance, en leur promettant de leur rendre leur fierté. C’est ce qu’on voit aujourd’hui avec Trump qui s’en prend à l’Université, aux médias…
C’est la « revanche des derniers de la classe ». La guerre de Sécession est donc vraiment l’arrière-fond qui explique beaucoup de réactions et de comportements des personnages…
Ralph Meyer : Et en particulier de Sister Oz, qui est le personnage central de ce cycle et qui donne son nom à cet album. La scène introductive, pleine de fumée et de violence, ne raconte pas une bataille précise, historiquement située, mais un moment fondateur dans la vie de cette jeune femme.
Caroline Delabie : Nous voulions commencer ce second tome en éclairant un peu sa personnalité, pour permettre aux lecteurs de comprendre comment elle a basculé dans une conception fanatique de la religion. Pas pour excuser son jusqu’au-boutisme, qui la coupe de toute forme d’empathie, mais pour lui donner tout de même une forme de compassion.
Pour votre héros Jonas aussi, le passé est important. Mais vous ne levez pas complètement le voile sur ce qu’il a vécu.
Ralph Meyer : Le mystère fait partie de son personnage. À nous de livrer chaque fois de petits éléments de son passé, mais sans tout révéler d’un bloc, ce qui serait en réalité assez frustrant.
Caroline Delabie : Sans détailler son passé, on le connaît tout de même de mieux en mieux au fil des albums, et on comprend ses réactions. Par exemple, au début de cette histoire, quand il rencontre cette femme qui veut avorter aux prises avec des gens qui veulent l’en empêcher, il n’est pas très concerné. Il ne s’est jamais posé ce genre de question. Et peu à peu, il se laisse toucher, jusqu’à s’impliquer vraiment.
Xavier Dorison : Jonas est fondamentalement un idéaliste déçu. Il fait partie de ces gens qui ont beaucoup espéré dans l’humanité, mais qui, de désillusion en désillusion, en sont devenus presque misanthropes. Il y a chez lui une forme de colère. Et s’il s’occupe des morts, c’est quelque part qu’il les préfère aux vivants. Mais on ne se refait pas, et Jonas en revient à sa vraie nature. Derrière son apparence revêche, il cache un cœur sensible. Il a une valeur cardinale : la liberté. Avec le revers de la médaille de cette valeur : le manque d’attachement, la difficulté à nouer des relations.
Que représente le western pour vous ?
Xavier Dorison : Ce qui me passionne dans le western, c’est une forme d’exercice de pensée, très contraint, qui consiste à mettre un petit nombre de gens dans une situation qu’ils vont devoir résoudre seuls, sans soutien extérieur. La petite ville, sur laquelle règne en général une injustice, est comme une scène de théâtre. Les humains y sont face à eux-mêmes, sans issue, sans artifice, obligés de se confronter aux grandes questions existentielles. C’est fascinant et inépuisable. Il y a d’ailleurs beaucoup de sous-genres. Dans cet album, l’esprit est celui de Rio Bravo, de Howard Hawks ou de 3 h 10 pour Yuma, de Delmer Daves. Les gentils détiennent le méchant et sont assiégés. Vont-ils tenir ? Combien de temps ?
D’où le rythme particulier de cet album dans lequel s’alternent des scènes assez immobiles, où la tension monte, et d’autres où la violence se déchaîne…
Ralph Meyer : Oui et c’est très intéressant du point de vue du dessin car il faut savoir doser ses effets. Quand on sort d’un huis-clos irrespirable, avec une discussion lourde, une menace omniprésente, mais des personnages qui restent statiques, une scène d’action où la violence se déchaîne est d’autant plus spectaculaire ! On peut se lâcher, aller dans la surenchère. C’est un plaisir pour le lecteur, mais aussi pour le dessinateur.
Caroline Delabie : Les couleurs sont là pour soutenir ces contrastes et renforcer les effets narratifs. On sort parfois d’une forme de réalisme pour aller dans des tonalités plus expressives ou symboliques, avec un crescendo dans la violence.
Xavier Dorison : Les couleurs jouent en effet un vrai rôle narratif. Et je dois dire qu’avec Ralph et Caroline, j’en prends plein les yeux chaque fois que je découvre de nouvelles pages. Les cadrages et les mises en scène sont toujours inventifs et pleins de vie et magnifient toute cette iconographie qu’on adore tous les trois : le saloon, la winchester, les chevaux et les grands espaces…
Back to topNouveauté : Le Monde selon Oz
[SPOILER ALERT] La redoutable Sister Oz est prête à tout pour empêcher Eleanor d’avorter. Par exemple à tuer le docteur Randolph Prairie, qui s’apprêtait à pratiquer l’opération, comme elle a déjà assassiné froidement le shérif d’Eaden. Dans cette petite ville du Texas sortie ruinée et humiliée de la guerre de Sécession, elle a su jouer sur le ressentiment et l’esprit de vengeance pour rallier la population à son délire funeste. Jonas Crow, qui était venu là pour retrouver sa chère Rose, s’est retrouvé malgré lui impliqué dans cette affaire. Mais à présent, il est décidé à tout faire pour défendre la liberté et la tolérance. Pour que ne triomphe pas une certaine vision du monde : le monde selon Oz.
Après Mister Prairie, ce huitième tome d’Untertaker signe la fin d’un diptyque crépusculaire, sombre et oppressant. Car sous le visage d’ange et l’apparente candeur de la Sister Oz se cache une des adversaires les plus redoutables qu’ait eu à croiser l’Undertaker. Et si le voile levé sur des épisodes dramatiques de son passé permet de la comprendre, rien ne saurait excuser le cynisme et la cruauté de ses actions qu’elle nimbe d’une piété mystique. Entre scènes d’actions mémorables et moments de pure émotion, avec un dessin magistral et plus sensible que jamais, le trio Dorison-Meyer-Delabie, au sommet de son art, signe un album époustouflant.
Décidément, Undertaker est à ranger parmi les très grandes séries de bande dessinée.
Bonne lecture !
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