Berlion enquête dans la jet-set

Par l'équipe Dargaud

Olivier Berlion fait partie de ces auteurs – avec Davodeau, Meynet, Cailleaux ou Dumontheuil – révélés dans la collection “Génération Dargaud” créée au début des années 1990. Depuis, Berlion n’a jamais cessé de surprendre, explorant toutes les possibilités narratives et graphiques de la bande dessinée. Sa dernière création, Tony Corso, se singularise par un retour aux “fondamentaux” et l’auteur le dit lui-même : c’est sans doute ce qu’il y a de plus difficile ! Tony Corso, voilà une surprise compte tenu de vos précédentes créations…



Mon parcours n’a jamais été linéaire : j’ai tenté plein de choses avec toujours beaucoup de plaisir. C’est vrai qu’après avoir été catalogué auteur jeunesse (avec Le Cadet des Soupetard ou Sales Mioches) puis auteur “pour adulte” (avec Lie de vin, Cœur Tam Tam ou Histoires d’en ville), je me lance aujourd’hui dans une série que l’on peut considérer comme classique avec un héros récurent et de l’aventure. Mais il y a surtout un vrai plaisir de revenir aux fondamentaux du dessin et de ne plus m’en remettre à la couleur directe.

Le microcosme de la bande dessinée ne vous attend pas dans ce registre.



Ce n’est pas un problème, Tony Corso s’adresse aux lecteurs qui ont envie qu’on leur raconte une histoire, tout simplement. L’envie aussi de retrouver un héros auquel ils s’attachent. Je fais de la BD depuis dix ans parce que j’aime profondément ce média, parce qu’il me permet d’aborder d’un simple coup de crayon tous les univers, du Cadet des Soupetard à Cœur Tam Tam, de Lie de vin à Tony Corso.

Pourquoi Tony Corso, alors ?



J’avais lu pas mal de choses sur les paradis fiscaux, sur ce qu’on appelle la planète off shore. C’est un sujet passionnant, parfois énervant et surtout inépuisable ! Comme je voulais mettre en scène un détective dans un registre qui relève plutôt du polar au sens large, l’idée de créer ce détective qui évolue dans le monde de la jet-set s’est finalement imposée. Tony est plutôt cynique, il ne se fait pas d’illusion, il sait profiter du système sans se compromettre. Quant au nom, Tony Corso, il m’a paru évident.

Peut-on dire que vous pensiez à ce projet depuis longtemps ?



Il y a eu une longue période de macération avant, c’est vrai. J’avais des envies mais cela restait flou. En fait, Tony Corso est le fruit de plusieurs envies : animer un héros récurrent, localiser l’action dans le Sud, garder une trame policière et traiter d’un thème sensible.

Il y a aussi beaucoup de seconds rôles dans votre histoire.



C’était une autre envie, s’attarder sur ces seconds rôles qui peuvent apporter ce petit plus à l’histoire et puis ça permet de fignoler les dialogues, d’insérer aussi une dose d’humour.

Autre fait nouveau, vous ne signez plus les couleurs…



Je me concentre vraiment sur l’histoire et le dessin. Christian Favrelle (qui travaille sur d’autres séries comme La Croix de Cazenac, Insiders, Chroniques de la lune noire, N.D.L.R.) s’est vraiment bien immergé dans l’univers de la série. Il habite aussi dans le Sud – comme le personnage et moi-même ! – et il a donc bien assimilé l’ambiance, les lumières du Sud et ses contrastes.

Finalement, n’est-ce pas plus dur de dessiner de façon plus réaliste ?



Effectivement ! Jusqu’à présent j’essayais d’abord de travailler l’expression parfois au détriment d’une certaine rigueur : j’avais envie de transmettre l’émotion avant toute chose. Le réalisme de l’univers de Tony Corso m’oblige à plus de crédibilité et donc d’académisme. Ici un yacht doit ressembler à un yacht, point. J’ai même pensé confier le dessin à quelqu’un d’autre, avant de me dire “vas-y !”. D’ailleurs, je tiens à rendre hommage aux grands maîtres du dessin, on a trop tendance à les oublier. J’éprouve de l’humilité et du respect face à tous ces auteurs qui ont abordé ces genres classiques avec ce que ça signifie comme maîtrise dans la narration et le dessin. Je pense notamment à l’école italienne, Battaglia, Micheluzzi, Pratt, Toppi mais aussi de grands dessinateurs comme Giraud, Vance, Altuna, De la fuente, Rossi, Mandrafina ou même Munoz à ses débuts. On parle peu de ces auteurs sous prétexte qu’ils sont classiques… “Le polar justifie la mise en action des personnages”

Tony Corso évolue dans la jet-set mais tous les personnages sont censés être imaginaires. Tous ?



Oui, bien sûr on pourra toujours retrouver ici et là des similitudes avec certaines personnalités. La presse people offre un éventail varié de personnages, parfois caricaturaux, les lieux qu’ils fréquentent, sans compter les affaires parfois scabreuses qui percent sous le vernis. Mais la série reste de la fiction.

Et il y a toujours cette trame polar.



Toujours, c’est presque une constante chez moi. Le polar justifie la mise en action des personnages, révèle leur tempérament et permet de les suivre dans leur cheminement.

Chaque enquête sera une histoire complète ?



Oui, c’est très important. Contrairement à Histoires d’en ville où l’enquête se déroulait sur trois albums avec ce que ça signifiait pour moi comme difficultés de mise en scène. Ici, chaque enquête est traitée en un album. Et puis je pense que pour le lecteur se sera moins frustrant, il n’aura pas à attendre à chaque fois afin d’avoir la résolution de l’énigme même si je compte pouvoir réaliser au moins un album par an.

Tony Corso c’est l’univers de la jet-set, le strass et les paillettes, on est très loin de l’univers du Cadet des Soupetard ! (1)



L’idée du Cadet des Soupetard n’est pas de moi mais d’Éric Corbeyran même si l’univers de cette série me correspond totalement. Ici, je suis scénariste et j’ai adapté ma façon de dessiner aux histoires que j’avais envie de raconter.

Vous faites partie de la jet-set de la bande dessinée ?!



Il n’y en a pas et c’est tant mieux. Quand je me suis lancé dans la BD, j’ai dit à mes parents que l’avantage de ce métier c’est de pouvoir rencontrer éventuellement un énorme succès sans être médiatisé (Uderzo, Morris, Peyo, etc.) ! La bande dessinée échappe à ce système, sauf rares exceptions.

Si vous n’étiez pas auteur de bande dessinée, que feriez-vous ?



Éditeur ! (rires.) En tout cas je serais quand même dans la bande dessinée, je l’espère.

François Le Bescond






1. Une nouveauté sortira en novembre prochain.


P.-S. : un prologue de six pages sera inséré dans le premier épisode de Tony Corso. D’autre part un tirage spécial (sous jaquette avec croquis et avec une couverture originale) sera proposé par les librairies Folle Image (Lille) et La Grignotte Rieuse (Avignon).

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