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RAVEN : pas de repos pour les héros... ni pour les héroïnes !

Après Long John Silver, Mathieu Lauffray revient en librairie le 5 juin avec Raven...

Actualités RAVEN : pas de repos pour les héros... ni pour les héroïnes !

C’est un héros. Un vrai. Plus qu’un héros : une tête brûlée. Ainsi va Raven, pirate intrépide, solitaire, bravache, casse-cou, en ce milieu du XVIIe siècle, quelque part du côté de la Jamaïque et de l’île de la Tortue. Le coin regorge de gouverneurs sans foi ni loi, de truands en tout genre, de jeunes filles téméraires… et de trésors enfouis. Il y en a d’ailleurs un, perdu depuis un bon siècle par les soldats de Cortés, le trésor de Chichén Itzá, du nom d’une grande cité maya du Yucatán. La légende dit que ce trésor est enterré au Morne-du-Diable, île infestée de cannibales peu amènes.
Inutile de préciser que Raven va tout faire pour mettre la main sur ce trésor… mais ça va mieux en le précisant quand même. Lady Darksee aussi veut retrouver ce trésor. Et elle passe un pacte avec Bastard de Fontenay, le potentat du coin, seul capable de lui obtenir le pardon royal. Pour quelle faute ? On ne le sait… Voilà une héroïne qui va donner du fil à retordre à Raven. Les deux font la paire. Ils s’affrontent, se détestent, s’attirent, se combattent, se séduisent, se mentent…
Lady Darksee est une pirate, fière et dangereuse, blessée au visage et dont le passé semble cacher mille secrets. Nos deux héros vont donc se retrouver au Morne-du-Diable et se livrer une lutte au sabre sans merci. À moins que…

Le récit de pirates recèle une imagerie spectaculaire à laquelle Mathieu Lauffray s’est déjà frotté dans Long John Silver, sur un scénario de Xavier Dorison. Mais, cette fois, le dessinateur se fait aussi scénariste, prêt à se démarquer de la simple intrigue aventureuse pour affronter la tempête, les abordages, les coups de canon et les combats au sabre.
Derrière les silhouettes de Raven et de lady Darksee, on peut deviner ces héros de cinéma qui ont peuplé les salles obscures et les « dernières séances » à la télé : Capitaine Blood, La Flibustière des Antilles, Le Corsaire rouge, L’Aigle des mers, Capitaine sans peur
Mais Raven et lady Darksee ont quelque chose en plus qu’Errol Flynn, Burt Lancaster, Gregory Peck, Virginia Mayo ou Jean Peters : la rage, la mauvaise foi, la méchanceté, un passé douloureux, la noirceur du regard. Ce qui en fait des personnages hors norme et, il faut bien l’avouer aussi, des héros attachants, plus attachants sûrement que tous ceux censés représenter l’autorité. Ceux-là sont hypocrites. Raven et lady Darksee ont la franchise chevillée au corps, et ils la portent jusqu’à la pointe de leur sabre. Bon… disons, pour être exact, que même leurs mensonges ont la couleur de la franchise…

Némésis – la déesse de la juste colère – est le titre de ce premier tome. Suivront Les Contrées infernales en 2021 et un tome 3 quelques mois plus tard. Mais Némésis n’est pas pour autant un album d’exposition.
En bon dramaturge, Mathieu Lauffray sait plus que quiconque que l’aventure peut débouler sans crier gare au détour d’une case. Némésis s’ouvre ainsi sur un abordage dantesque et puis bientôt une tempête grandiose qui vont décider du destin des personnages. Pas de repos pour les héros.
Ni pour les héroïnes.

BONUS : les cases extraites de Némésis commentées par Mathieu Lauffray

PREMIÈRE CASE :
Elle s’est vite imposée.
Je voulais montrer un personnage, qu’on imagine être le héros, dans une situation extrême. Raven est un individualiste, un pirate chez les pirates. Il est libre. Il pousse cette façon de vivre tellement loin qu’il devient ingérable malgré
 un talent réel. On l’aime tout de suite, mais
 il est infréquentable. Cette image représente
 son existence : entre flamboyance et échecs retentissants. Cette première case est le résumé de ce qu’il va vivre. J’ai déjà abordé le thème des pirates, grâce à Xavier Dorison, dans Long John Silver. Je me suis rendu compte que ce genre m’allait très bien : des personnages forts, hors du système, qui tentent de trouver leur propre voie. J’aime bien les gens qui assument leurs faiblesses et leurs défauts.
 Les pirates sont en colère et revanchards, ce qui donne des personnalités intéressantes plongées dans des situations dramatiques. Le pirate est l’alter ego du cow-boy, la méchanceté en plus. Le pirate est un homme libre dans un monde organisé, qui a un profond désir de tout plaquer et d’y aller. Le pirate et sa bande, c’est la horde sauvage.
 Ils sont vingt, les autres deux cents... tant pis, ils y vont !

Planche 20, 1ère case : Mon copain Fabien Nury m’a dit un jour : « Elles sont belles, tes bandes dessinées, mais ce n’est pas facile d’y faire du vélo. » Il avait raison : je faisais peu de plans dans lesquels on pouvait se balader. J’étais davantage dans l’impact du dessin. J’ai donc pris un peu plus de temps. Ce que faisait Giraud dans Blueberry, par exemple. Je pose les lieux, les personnages, je dessine les détails. Je me force à être dans l’anecdote, moi qui suis beaucoup dans l’émotion.

Planche 34, dernière case : c’est l’île mystérieuse.
 Il y a du Joseph Conrad dans cette case. Et le héros, devenu minuscule, va affronter l’hostilité des lieux. C’est une coupure de séquence, je passe à l’acte suivant. Cette case flirte un peu avec la peinture abstraite qui va chercher la sensation. J’aime William Turner et Pierre Soulages pour ça. Au cinéma, David Lynch travaille également ainsi. Ils vont à l’essentiel : raconter les sensations en restant dans l’abstraction. Je suis un romantique, finalement...

Planche 48, bas – (suite de gros plans visages) : les gros plans, c’est quand il y a des enjeux dramatiques qu’il faut raconter. Dans le monde de la piraterie, personne ne prend de gants. On imagine que Darksee sait des choses dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. Elle va prendre de plus en plus d’importance dans la série. Elle a vécu des injustices, ce qui
la rend impitoyable, et elle va devoir les combattre. Je veux raconter tout ça. Peut-être va-t-elle avoir sa propre bande dessinée... On verra.

Double planche 4-5 : l’incarnation du genre, l’abordage. Je suis en plein dans le mythe. L’œil voit tout de suite où on est, il appréhende l’action globale. J’imagine alors un kaléidoscope d’images iconiques qui résumentles points forts. Ça m’évite de faire vingt-cinq pages : j’aimerais bien, mais je n’ai pas la place. Donc je reste dans la sensation, dans l’émotion. Une manière d’être économe en mettant le spectacle au cœur de l’action. Je me surprends quand je dessine de telles planches : j’ai une idée, mais je ne sais vraiment pas quel sera le résultat final.

Rendez-vous le 5 juin en librairie !

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