L’enfance de l’art

Par l'équipe Dargaud

L’Ours et le Petit Garçon est une excellente surprise venue d’un pays lointain et rarement à l’honneur en bande dessinée, l’Australie. Gregory Rogers, son auteur, nous raconte comment il en est venu à raconter les aventures d’un petit garçon projeté au xvie siècle, où il va vivre une trépidante journée en compagnie d’un ours ! Ce livre pour enfants, publié chez Dargaud, est un véritable festin visuel, raconté avec une malice et une tendresse diablement rafraîchissantes.


Gregory, vous êtes Australien, et un illustrateur reconnu dans l’univers de l’illustration jeunesse. Pouvez-vous vous présenter au public français ?


Je suis né en 1957 et je vis à Brisbane. L’art m’intéresse depuis toujours. Dans mes tout premiers souvenirs, il y a du papier, des crayons, des dessins. J’ai toujours aimé les cours d’expression artistique à l’école, surtout au lycée, où j’ai eu la chance d’avoir d’excellents professeurs. Après l’école, j’ai intégré l’administration, et j’ai continué à suivre des cours d’arts plastiques le soir, avant d’être exposé plusieurs fois. En 1987, j’ai quitté mon travail afin de commencer une carrière de graphiste et d’illustrateur. J’ai travaillé sur des livres pour adolescents, illustré des textes pour des éditeurs australiens essentiellement. L’Ours et le Petit Garçon est mon premier livre en solo.


Et ce premier livre en solo est une bande dessinée : était-ce une envie ancienne, quelque chose que vous n’aviez pas eu le temps de faire ?


J’avais envie, depuis très longtemps, d’écrire un livre d’images sans texte, oui. Pour de multiples raisons — je n’avais pas de sujet, j’étais trop occupé par l’illustration de textes des autres, les éditeurs ne semblaient pas forcément intéressés —, je n’ai pas pu explorer vraiment cette possibilité alors que je gardais un dossier de toutes mes idées non exploitées. Puis mon agent m’a aidé à trouver un éditeur. Il en a choisi une, qui, en fait, était juste un titre et un vague concept, et m’a encouragé à la développer. J’ai essayé d’écrire l’histoire. Un an plus tard, elle n’était toujours pas au point. J’ai décidé alors de me passer des textes. Et là, immédiatement, une nouvelle histoire a émergé : L’Ours et le Petit Garçon était né. Toutes les histoires, tout ce qui pouvait m’intéresser depuis l’enfance, a pu s’écouler, se “déverser” dans une histoire complète. Je me suis senti capable de m’exprimer dans le langage qui m’est le plus familier : les images. C’était un rêve qui devenait réalité. Je ne laisserai plus jamais les mots se mettre au milieu du chemin vers une bonne histoire.


C’est étonnant, parce que réaliser une bande dessinée muette est sans aucun doute assez compliqué, non ?


Peut-être, mais quand j’ai décidé d’enlever les textes, j’ai trouvé la “voix” pour raconter cette histoire. J’avais enfin l’impression de contrôler la narration. Et cela m’a semblé très naturel et très simple au final. Je ne suis pas à l’aise avec les mots. J’aime jouer avec les subtilités et les nuances dans l’image, et aussi me laisser parfois guider par les personnages à travers leurs histoires. J’aime montrer aux enfants comment les personnages peuvent évoluer et changer par des détails. Et j’adore créer des mondes imaginaires au sein desquels mes héros peuvent vivre.


Ce petit garçon et cet ours ont-ils des noms ? “Entendez”-vous des dialogues quand vous dessinez ?


Quand j’écrivais la première version de cette histoire, le garçon s’appelait Bradley Baxter. L’ours a finalement adopté le nom de Sienna Brown, d’après la couleur que j’avais choisie pour lui. Mais, en fait, je les appelle juste “l’Ours” et “le Petit Garçon” ! Et je n’entends pas vraiment de dialogues mais de la musique, une bande-son, des bruitages. Un peu comme dans les films de Jacques Tati. Mon oncle est mon préféré. J’ai découvert une chose grâce à mes deux albums, c’est que les enfants créent leurs propres histoires et dialogues et prennent la tangente quand ils lisent. Et je crois qu’écrire des textes empêcherait cela. Ça “enfermerait” mes histoires dans une seule lecture possible.


D’après votre expérience, justement, qu’est-ce qui vous paraît le plus important dans les histoires destinées aux enfants ?


Les divertir. Si je peux les amuser, ils se perdront et plongeront dans mes histoires et penseront qu’elles sont crédibles et agréables. Il n’y a rien de plus beau que d’être immergé complètement dans un monde imaginaire. C’est quelque chose de magique. Quand je dessine devant un enfant, il se rend compte de cette magie en voyant un personnage prendre vie sous ses yeux.


Martin Greville

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