Le Chat du Rabbin à l'assaut de l'arbre de la connaissance
Retour aux fondamentaux pour le célèbre Chat : dans le nouvel album, le félin se moque gentiment des turpitudes humaines et des injonctions religieuses. À cette occasion, on a posé cinq questions à Joann Sfar...
Table des matières
L'arbre de la connaissance
Dans l’intimité de l’école de Talmud Torah du rabbin Sfar, le chat profite de l’absence de son maître pour engager la conversation avec les élèves. Il choisit le sujet de l’arbre de la connaissance, puis entreprend les plus jeunes sur l’apparence de Dieu. Son habituel sens de la provocation lui vaut un bain forcé dans une fontaine. Le chat poursuit sa réflexion sur Adam, Ève et le péché originel en se rendant au hammam et en dialoguant avec son maître. Celui-ci lui montre comment appréhender les textes bibliques que le félin trouve incompréhensibles. Et comme par un échange de bons procédés, c’est le chat qui inspire à son maître un décryptage renversant du mythe d’Adam et Ève. Et si le rabbin avait découvert où se situait le paradis ?
À la manière des albums d’Astérix, qui alternent aventure dans le village et périple hors de la Gaule, le treizième opus du Chat du Rabbin retrouve le cocon chaleureux d’Alger la blanche après les pérégrinations du volume précédent. Aucun hasard à cela car René Goscinny est une influence majeure de Joann Sfar, et particulièrement pour cette série. Comme à son habitude, le chat fait le philosophe dans le contexte religieux de l’école talmudique de son maître, le rabbin Sfar. Pour ce treizième tome, c’est le récit biblique d’Adam et Ève qui est questionné. Chaque personnage s’empare de ce mythe et le ramène à sa propre perception. Le chat, un peu anarchiste, ne supporte pas l’interdit, Zlabya met l’accent sur la condition féminine, et le rabbin, en bon exégète, envisage une interprétation inédite du paradis originel. Au fil des pages, l’album aborde des notions plus générales comme le péché, la culpabilité, le savoir et la compréhension des textes sacrés. Savoureux, inspirant et drôle, Le Chat du Rabbin met en lumière les contradictions des humains. Avec toujours cette exigence de la part de Joann Sfar : être compréhensible et apprécié par un petit enfant comme par un agrégé de philosophie.
Back to topCinq questions à Joann Sfar
Sur la planche 2, le chat dit : « La religion, c’est l’école de l’obéissance, pas du savoir. » Ça donne le ton de cet album intitulé L’Arbre de la Connaissance. Pourquoi être allé dans cette direction pour le tome 13 ?
Je me suis emparé de cette notion d’arbre de la connaissance, car c’est une légende commune aux mondes juif et chrétien. À travers elle, j’ai examiné le péché originel, le paradis, le savoir, et ce que ça veut dire quand on plonge dans les textes. Cette exégèse, cette interprétation des textes – exercice que j’aime beaucoup et qui est omniprésent depuis le début du Chat –, je la pratique régulièrement en lisant la Bible, pas en religieux mais en dramaturge. Étudiant, j’avais également été marqué par Quatre Lectures talmudiques d’Emmanuel Levinas, où le philosophe plonge dans l’exégèse biblique.
En lisant la Torah, le chat dit qu’il n’y comprend rien. Le rabbin n’est pas plus avancé, mais il préconise de lire les commentaires du texte, et les commentaires des commentaires.
Ils ont raison tous les deux. Ce que j’essaie de mettre en avant, c’est le rejet du littéralisme dans toutes les religions. Qu’est-ce que le littéralisme ? C’est quelqu’un qui prend le texte biblique et qui dit : « On va faire au mot près ce qu’il y a dedans. » La réalité, c’est que le texte est assez incompréhensible si on ne l’interprète pas.
D’une certaine façon, que le chat ait raison ou tort n’est pas important. Il est là pour nous, c’est un animal qui regarde des êtres humains. Un petit personnage plein de tendresse qui est face à l’enseignement religieux. Il a une lecture bizarre, provocante, qui met les êtres humains face à leurs incohérences.
À travers un rêve (pages 35 à 41), le chat a une façon toute personnelle d’imaginer la création du monde, où le félin joue un rôle majeur.
Oui, c’est une manière de raconter. Chaque fois qu’on entend une légende, qu’elle soit biblique ou autre, on s’imagine que ça parle de nous, parce qu’on a envie d’être le héros de l’histoire. Le chat aussi ! Donc c’est une manière de pousser jusqu’à l’absurde la tendance qu’on a d’imaginer qu’on est toujours le centre du monde.
Plus loin (pages 44 à 48), il y a une courte scène très poétique, quand le fils du coiffeur sort la nuit pour aller jouer de la guitare dans les clubs, à l’insu de son père.
Chaque case du livre parle du péché, de l’interdit, de ce qu’on n’a pas le droit de connaître. L’intimité des femmes, la nudité, l’enseignement à l’école ou l’enfant qui désobéit à son père. Dans son cas, il n’a pas le droit de pratiquer la musique et de visiter le monde de la nuit. Tout ça est aussi lié à la connaissance.
La conclusion de l’album offre une révélation étonnante.
Le rabbin dit que le paradis terrestre, c’est quand on est dans le ventre de notre mère. À la naissance, on entre dans le monde de la connaissance. Sans le faire exprès, il énonce quelque chose d’absolument révolutionnaire. Il fait disparaître toute la culpabilité et il explique que ce dont on parle ici, c’est la naissance.
Je trouve ça très beau que ça vienne du rabbin, car son but n’est pas de provoquer qui que ce soit. C’est juste qu’au moment où il fait ce qui lui semble être une découverte spirituelle, il la partage. En fait, le vrai révolutionnaire de cette histoire, c’est le rabbin.
Lire en ligne
Que vous ayez lu ou non tous les précédents tomes de la série, nul doute que ce treizième volume vous replongera aux origines des aventures du Chat... Pour patienter avant de découvrir L'arbre de la connaissance, on vous propose de lire les premières pages :
Bonne lecture !














