Disparition d'Yves Schlirf
Les Éditions Dargaud et les éditions Kana ont la douleur de vous faire part de la disparition d’Yves Schlirf, ce samedi 12 septembre.
Il était le Directeur Général des Éditions Dargaud pour la Belgique, le Directeur éditorial de Dargaud Benelux et des éditions Blake et Mortimer. Nos premières pensées vont à sa compagne, Corine Jamar et à leurs deux filles, Eleni et Athina.
Né à Bruxelles, Yves Schlirf a très tôt choisi la bande dessinée. En compagnie du jeune Bernard Yslaire, il fréquente, encore adolescent, l’atelier de Jean-Marie Brouyère, avant de se diriger vers le métier de libraire.
C’est en 1972 qu’Yves Schlirf crée Schlirfbook, l’une des premières librairies spécialisées en bande dessinée de Bruxelles. Elle devient rapidement incontournable et amène le libraire à éditer des ex-libris, d’abord, puis d’autres produits dérivés. Curieux de tout, très proche de la génération qui tente de moderniser Spirou sous l’ère d’Alain De Kuyssche, Schlirf se diversifie dans les années 80 et montre des envies d’éditeur. Ainsi naîtront par exemple Les Carnets volés du Major, de Moebius et Thierry Smolderen en 1983, Le Mystère d’Urbicande, du même Smolderen avec Schuiten et Peeters en 1985 et surtout, le très remarqué Et Franquin créa la gaffe, la première mouture du livre d’entretiens du père de Gaston Lagaffe avec Numa Sadoul, en 1986.
Ces prédispositions pour l’édition vont amener Yves Schlirf à occuper un premier poste au service promotion des éditions Dupuis, à la demande de Jean Van Hamme, alors Directeur Général de la maison de Marcinelle. Il quittera ce poste quand Van Hamme quittera lui-même ses fonctions. Leur amitié amènera naturellement Yves Schlirf à être plus tard l’éditeur de XIII. C’est en effet une entité dormante, Dargaud Benelux, qui va accueillir les albums du célèbre aventurier amnésique. Yves Schlirf est choisi pour créer à Bruxelles cette branche belge des éditions Dargaud. En 2002, il revend sa librairie pour se concentrer sur le métier d’éditeur.
Devenu directeur éditorial de Dargaud Benelux, Yves Schlirf vole de succès en succès : il accompagne les best-sellers Pin-Up (Yann et Berthet), Murena (Dufaux et Delaby), Le Scorpion (Desberg et Marini), La Complainte des landes perdues (Dufaux et Rosinski) et bien d’autres, tout en menant XIII vers les plus hauts sommets, réussissant même, pour le dernier album scénarisé par Van Hamme, à obtenir un scénario supplémentaire du créateur de la série qu’il fait dessiner par Jean Giraud, pendant que Vance dessine l’album prévu. Les deux XIII arrivent en librairie en même temps, tirés à 500.000 exemplaires chacun.
Son sens du public acquis au gré des années en librairie fait d’Yves Schlirf un éditeur en phase avec les grandes séries populaires. Son flair, combiné à une insatiable curiosité, le pousse également à faire de plus en plus de voyages au Japon. Ils débouchent, en 1996, sur la création de Kana, la maison d’édition dévolue au manga qui éditera nombre de séries à succès parmi lesquelles on retiendra l’un des best-sellers absolus du genre : Naruto.
Depuis de nombreuses années, Yves Schlirf était entouré à Bruxelles d’une équipe attentive et engagée, chargée de suivre avec lui les publications de Dargaud Benelux ainsi que les nombreux albums autour de Blake et Mortimer. Il a également transmis son métier à plusieurs générations de collaboratrices et collaborateurs, formant notamment des éditrices qui, ces dernières années, ont pu faire naître sous sa houlette de nouvelles séries marquantes. C’est ainsi que se sont imposés des succès comme Les Vieux Fourneaux et Le Loup en slip, qui devait fêter ses dix ans dans quelques semaines, mais aussi, Undertaker, Jours de sable et Malgré tout.
Choisi par Claude de Saint-Vincent pour reprendre en mains l’univers créé en 1946 par Edgar P. Jacobs, Yves Schlirf aura su en faire une véritable machine de guerre, multipliant les équipes de scénaristes et de dessinateurs, sans jamais perdre de vue la qualité éditoriale. Yves Schlirf préparait encore un album anniversaire pour les 80 ans de Blake et Mortimer autour de personnages secondaires de la série.
Il laissera l’image d’un grand connaisseur du neuvième art et de son langage, mais aussi celle d’un homme profondément convaincu par les ressorts de la fiction et l’aventure humaine, véritablement épris de bande dessinée.










