Alice au pays du merveilleux

Par l'équipe Dargaud

Alice est bien sûr associé à la série le Troisième Testament, dont le quatrième acte vient de paraître aux éditions Glénat (coscénario de Xavier Dorison) : une histoire fleuve qui voit sa conclusion arriver sous la forme d’un album très attendu de 76 pages…





Vous avez été l’un des organisateurs du festival BD des grandes écoles, alors que vous étiez étudiant à l’ESCP1, avant d’être auteur. Comment passe-t-on de l’un à l’autre ?






J’étais attiré depuis longtemps par la bande dessinée, mais je n’étais pas certain de pouvoir un jour devenir auteur : en faisant une école de commerce, je me dirigeais plutôt vers l’édition ou la production en matière d’animation. L’association organisatrice du festival – qui regroupait un collectif d’écoles de commerce et d’ingénieurs, présidé à l’époque par Catherine Crospal – m’a permis de mettre un pied dans cet univers. Un jour, en revenant d’une réunion de l’association, j’ai fait la connaissance d’un autre membre, lui aussi étudiant et attiré par le métier : Xavier Dorison.



J’ai travaillé pour des fanzines et des magazines comme Casus Belli pour me faire la main, en discutant parallèlement avec Xavier du projet qui est devenu le Troisième Testament. J’ai mis de côté des projets plus personnels, nous avons bénéficié de nombreux conseils, puis j’ai achevé mes études au moment de la sortie du tome 1. Et pour nous deux, c’était parti !


Franchement c’est un peu le rêve pour tout auteur qui débute : d’emblée, le Troisième Testament a connu un gros succès !






(Sourire) Que dire ? On arrive au quatrième tome, le succès est arrivé rapidement : ce sera difficile de faire mieux la prochaine fois !


Avant de revenir à cette série, pouvez-vous nous en dire plus sur l’adaptation de Tomb Raider en BD ?



C’est une opportunité qui est arrivée grâce à Glénat, j’ai immédiatement sauté dessus : je suis un grand fan de récits d’aventure et de fantastique. En plus, c’est un personnage qui bénéficiait déjà d’une forte notoriété, et Lara Croft est légitimement un personnage de BD. Patrick Pion a assuré le dessin et moi le scénario. Après une longue mise au point, l’alchimie a fini par fonctionner. S’il n’y avait pas eu de problèmes entre Glénat et la société propriétaire du personnage, je crois qu’on aurait pu construire une série captivante. Mais voilà, malgré de bonnes ventes, l’album est aujourd’hui retiré du circuit commercial. C’est vraiment dommage, surtout qu’on avait déjà travaillé sur la suite : j’ai beaucoup de regrets, je dois le dire.


C’est l’aspect fantastique du Troisième Testament qui vous a réuni avec Xavier ?



Incontestablement, même si je suis plus encore attiré par le fantastique pur : ce que Xavier appellerait le merveilleux. Des mondes déconnectés, le Grand Ailleurs. Ce que le film Dark Crystal a instauré pour moi. Xavier est plus attiré par un fantastique très ancré dans le réel. D’ailleurs, pour l’anecdote, le Troisième Testament devait être au départ beaucoup plus fantastique. Le glissement vers un ancrage plus historique ne s’est pas fait sans contraintes…


C’est-à-dire ?



C’est-à-dire, par exemple, devoir chercher pendant des heures une documentation sur les revêtements de sol utilisés à cette époque ! Graphiquement, je voulais avoir un maximum de crédibilité. D’ailleurs, globalement, le sujet est assez plausible…


Vous avez eu des réactions de spécialistes ?



Plutôt bonnes, en général ! Mais là aussi, il y a eu pas mal de recherches, Xavier s’attelant plutôt à la partie exégèse et religion, et moi à la partie historique autour des personnages et des faits. Nous avons beaucoup lu !


Il n’y a pas de séparation de domaine entre dessinateur et scénariste ?



Il y a deux scénaristes sur cette série. L’idée de départ est de Xavier, et je fais les dessins, mais le scénario (structure, personnages, scènes, dialogues) est en soi une œuvre commune. Pour lever l’ambiguïté, nous avons fini par le préciser sur les albums.


Xavier ne dessine toujours pas ?



(Rires) Non, pas encore !


Etes-vous quelqu’un de pointilleux ?



(Amusé) Oui. Je dirais même “chiant”. Par exemple, la dernière planche du Troisième Testament nous a demandés, avec Xavier, trois jours de travail pour les seuls dialogues !


Le Troisième Testament est un récit ambitieux et, finalement, très noir : on découvre souvent la part sombre de chacun, sur fond d’apocalypse…



Ce ton n’est pas naturel pour moi. Il est le fruit de notre collaboration avec Xavier, qui en avait d’ailleurs jeté les bases. à aucun moment, nous n’avons imaginé mettre un quelconque “humour”. J’aurais aimé, de temps à autre, un peu plus de légèreté, mais c’est un détail. Le premier résultat de nos discussions a été le personnage d’Elisabeth, qui apporte à sa façon le point de vue du lecteur. Au final, cette histoire est son histoire, même si le héros reste Marbourg. Dans ce récit, dans ce vieux monde à l’aube d’une renaissance, la plupart des protagonistes ont trop vécu pour pouvoir encore changer. Même les plus jeunes (Trevor) sont piégés par leurs choix, pensent qu’ils ne peuvent pas faire marche arrière et font face aux conséquences. Ils ne voient leur rédemption qu’au moment de mourir. Elisabeth n’est pas encore formée au début de l’histoire, malgré ce qu’elle croit. Ce qu’elle vit bouleverse ses convictions, elle se trouve projetée d’un extrême à l’autre, de la raison toute puissante à une foi aveugle. Le choix qu’elle assume à la fin est le reflet de sa maturité, le manifeste d’un humanisme trempé à l’épreuve de la réalité. D’une certaine manière, elle assume, en notre nom à tous, le péché originel en pleine connaissance de cause. Pas mal, à 17 ans !


Il y a des personnages forts comme Marbourg, Uther le Pourpre ou Sayn qui apportent beaucoup à l’intrigue, sans manichéisme…



Personnellement, j’ai beaucoup de mal à concevoir des personnages purement “méchants”. Il y a nécessairement au moins une bonne raison qui justifiera leurs actes. Sayn, l’adversaire, a eu le temps de réfléchir à ses arguments et est déterminé à arriver à ses fins, parce qu’il est persuadé d’avoir raison, quitte à employer des moyens terribles. En concevant ce personnage tel qu’il apparaît à la fin, je n’étais pas certain de trouver un argument à lui opposer… Finalement, le comportement d’Elisabeth n’est pas rationnel. C’est un acte de foi… en l’homme. Avec elle, j’ai envie d’y croire… Mais je peux vous dire que je ressens parfaitement la fureur de Sayn devant ce choix !


Certaines scènes sont puissantes, comme la découverte de l’abbaye oubliée proche de Saint-Luc dans le tome 3… On sent un gros travail de recherche…



C’est quelque chose que j’adore réaliser. Ce genre de séquences apparaît d’ailleurs plus souvent dans le tome 4, comme cette scène complexe qui se déroule sur un glacier. De même, l’approche de l’île où se trouve le Troisième Testament ne se fait naturellement pas facilement. Il était impératif de dramatiser le lieu, de l’amener par la mise en images. Le danger serait que ça prenne le pas sur le contenu strictement narratif, d’où l’intérêt d’avoir plus de pages.


Combien ?



76 pages… C’est une décision qui signifie un effort pour l’éditeur comme pour nous, et pour les lecteurs qui ont attendu plus longtemps. Mais ça donne une autre dimension au récit.


Question que vous allez souvent entendre : “Y aura-t-il une suite ? ”



Au bout de quatre albums, l’histoire est terminée. Ces personnages sont liés pour toujours au troisième testament, mais nous en avons terminé avec eux. Cependant la mythologie du Troisième Testament nous inspire, et depuis le début (j’insiste !), nous pensons à un autre usage de ce texte et de ce qui l’entoure.


Si je vous dis Tolkien, Chrétien de Troyes…



Chrétien de Troyes, ça fait longtemps ! (Rires) En tant qu’auteur, je suis très attiré par le fantastique, le légendaire, le merveilleux, je me retrouve donc dans ce type de références, bien sûr. En ce qui concerne l’adaptation du Seigneur des anneaux au cinéma, je la considère comme une grande réussite.


Il se dit que vous allez vous-même vous lancer dans l’animation…



Je travaille sur un gros projet, c’est vrai. L’idée est là depuis plus de deux ans… Ce sera une grande aventure épique et universelle, quelque part entre Excalibur et le Livre de la jungle (rires) ! C’est, au même titre que la BD, un vieux rêve, mais les investissements ne sont plus les mêmes. Une boîte de production a été montée pour mener à bien ce projet – dont le titre temporaire est Pendragon –, qui se veut artistiquement intègre et ambitieux. Les autres collaborateurs sont très talentueux. J’y crois énormément.


Mauvaise nouvelle pour les lecteurs…



Non, car de toute façon nous venons d’achever le Troisième Testament comme prévu, et je pense que ce long métrage, s’il voit le jour – au mieux dans trois ans –, devrait aussi séduire les lecteurs de la série.


Vous travaillez justement parfois en équipe avec plusieurs auteurs (Lauffray, Pion, Dorison, etc.). Pourquoi ce choix ?



J’adore fonctionner comme ça : je travaille plutôt le scénario et les dialogues chez moi, sans musique, mais le dessin – sauf le storyboard – se fait plutôt en atelier. J’y apprends beaucoup de choses, l’émulation fonctionne. Matthieu [Lauffray, N.D.L.R.], notamment, a un rôle essentiel à ce niveau.


On vous a vu signer un hommage à Blacksad dans le making-of : vous aimez les chats ? (Rires)



J’aime beaucoup les chats de Guarnido !


François Le Bescond

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