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La quête de l'oiseau du temps : retour sur la saga à l'origine de la fantasy française

À l'occasion de la sortie du 6ème tome d'Avant la Quête, nous replongeons dans la saga d'heroic fantasy écrite par Serge Le Tendre et Régis Loisel : La Quête de l'Oiseau du Temps

Actualités La quête de l'oiseau du temps : retour sur la saga à l'origine de la fantasy française

Une saga fondatrice
Publiée en quatre albums par Dargaud de 1983 à 1987, La Quête de l’oiseau du temps, écrite par Serge Le Tendre et dessinée par Régis Loisel, a ouvert la voie au succès de la bande dessinée d’heroic fantasy. Précédée du cycle Avant la Quête, elle prendra fin avec une ultime époque baptisée Après la Quête et qui racontera la mort de son personnage principal, le chevalier Bragon.

Il était une fois un dieu maudit, une princesse-sorcière, un chevalier bougon et un oiseau aux pouvoirs magiques... Et aussi une jeune fille nommée Pélisse, qui fait tourner les têtes et chavirer les cœurs, et bien d’autres personnages encore. L’histoire se déroule dans le monde d’Akbar, confronté à un terrible péril. L’enchantement qui emprisonne dans une conque le dieu félon Ramor, coupable d’avoir voulu s’emparer du Pouvoir-Force, est sur le point d’être rompu.

Si Ramor venait à recouvrer sa liberté, Akbar serait en proie à la mort et à la désolation. Mara, la princesse-sorcière, a découvert l’incantation capable de contrarier ce destin funeste. Mais elle a besoin de temps, et seul un oiseau mythique détient le pouvoir d’arrêter le Temps. Mara confie alors une mission à Pélisse, sa fille : retrouver son ancien amant, le chevalier Bragon, et se mettre en quête de « l’oiseau du temps ». La première grande saga d’heroic fantasy de la bande dessinée française peut commencer…

 À l’origine de la fantasy française
Cette histoire est l’œuvre du scénariste Serge Le Tendre et du dessinateur Régis Loisel. Les deux hommes se rencontrent à la Faculté de Vincennes, en 1973, où ils suivent les cours de « stars » de la bande dessinée comme Jean Giraud/Moebius et Jean-Claude Mézières, le dessinateur de Valérian. Le Tendre a déjà en tête les grandes lignes de la saga. Il en a d’ailleurs écrit plusieurs versions, même s’il n’a pas encore donné naissance à Pélisse.

Les toutes premières planches sont publiées en 1975 et 1976 dans l’éphémère revue Imagine, puis l’aventure s’arrête brutalement. La Quête, d’abord refusée par tous les éditeurs, ne reprend qu’en 1982, redessinée dans les pages du magazine Charlie Mensuel. D’emblée, les lecteurs sont séduits. Le premier album, La Conque de Ramor, paraît l’année suivante chez Dargaud. Trois autres suivront en 1984, 1985 et 1987. Ils composent une tétralogie qui fera date et qui ouvrira la voie au succès de l’heroic fantasy, devenue depuis un genre majeur de la bande dessinée.

Une pointe ou deux d’érotisme
La Quête de l’oiseau du temps n’est pas seulement une épopée haute en couleur qui entremêle la grande aventure, le merveilleux, une mythologie inventée de toutes pièces, un imaginaire flamboyant, des héros pétris d’humanité et des scènes d’action truffées d’humour. C’est aussi une œuvre forte qui parle d’amour et de filiation, d’orgueil et de nostalgie. « Un drame shakespearien transposé dans un monde mythologique », comme le résume le scénariste Xavier Dorison dans En Quête de l’oiseau du temps, le livre de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault consacré à la série.

Dans le troisième volet, Le Rige, l’un des personnages traduit à sa manière l’esprit de La Quête dans une répartie savoureuse : « Oh, le train-train habituel ! Bagarres, poursuites, fatigue, faim et pieds gelés, coups de gueule et réconciliations ! Sans oublier bien sûr une pointe… ou deux, hm… d’érotisme ! Bref… Petite épopée et grandes misères… Mais on s’y fait, tu verras ! » Cet érotisme assumé doit beaucoup à Pélisse, belle et inoubliable figure féminine dessinée de main de maître par Loisel. Lequel s’est depuis imposé comme l’un de nos plus grands dessinateurs, récompensé en 2003 par le Grand Prix de la ville d’Angoulême. La destinée inattendue de Pélisse, révélée comme un coup de massue à la fin du quatrième volet, plongera certains lecteurs dans un profond désarroi…

Il y a une vie avant La Quête
A l’instar de leur public, les personnages de bande dessinée ont été jeunes. Avant de devenir un héros magnifique, Bragon a d’abord été un modeste fermier. Amoureux de la belle Mara, il rêvait d’accéder au statut de chevalier. Son histoire méritait d’être contée, tout comme celle des autres acteurs de La Quête de l’oiseau du temps. En 1998, onze ans après le quatrième album (autant dire une éternité pour les amoureux de La Quête), Le Tendre et Loisel décident de renouer avec leur univers. Une décision logique, puisque le dernier tome se terminait sur une mention pleine d’espoir pour les aficionados : « Fin de la première époque ». Il suffisait d’être patient… Dessinés par Lidwine, Mohamed Aouamri, Vincent Mallié et David Etien, ce sont désormais six volumes qui composent le cycle Avant la Quête.

Le destin d’un homme
Et puisqu’une histoire digne de ce nom ne saurait se passer d’un finale, le lecteur est en droit de savoir comment tout cela va se terminer. Qu’il se rassure : Le Tendre et Loisel ont depuis longtemps prévu une troisième et dernière époque, dessinée par Loisel lui-même et intitulée, en bonne logique, Après la Quête. Tout ce que l’on sait, c’est qu’elle racontera la mort de Bragon – il ne s’agit en rien d’un spoiler, les deux auteurs l’ayant annoncée depuis longtemps. C’est triste, sans doute, mais c’est la vie, comme le rappelle ce même Loisel dans En Quête de l’oiseau du temps : « La Quête est avant tout l’histoire du destin d’un homme, de ses vingt ans à sa mort. » Et, à en croire Le Tendre, Bragon « aura vraiment une belle mort qui finalement donnera la vie… et aussi un sens à la sienne. »

Par Christophe Quillien

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