Perrissin

Perrissin
Scénariste

Biographie de Perrissin

Passionné de BD depuis qu'il sait déchiffrer une bulle, Christian Perrissin commence à dessiner aux Beaux Arts d'Annecy, puis dans l'atelier BD de GOT, aux Arts Appliqués Duperré à Paris. Avant de troquer plume et pinceau contre un ordinateur pour raconter des histoires.

En 1992, il lance - avec le dessinateur genevois Buche - la série "Hélène Cartier" dont deux tomes sont parus aux Humanos.

Il travaille aussi de temps en temps pour Bayard Presse (Je Bouquine).

C'est avec le dessinateur basque Daniel Redondo que naît le cycle de "La Jeunesse de Barbe Rouge".

Puis c'est en collaboration avec Marc Bourgne qu'il s'attèle à " La vieillesse " du Démon des Caraïbes.

Recevoir les alertes
Perrissin
(sorties, nouveautés, news)

Bibliographie de Perrissin

Barbe-Rouge
4 tomes
Série en cours
Jeunesse de Barbe-Rouge (La)
5 tomes
Série en cours
Toute la bibliographie

Articles et actualités

Interviews

Des vacances aventureuses, avec Barbe Rouge.

  En juillet, paraît la dernière compilation des aventures du Démon des Caraïbes, par Christian Gaty et Jean Ollivier, ainsi que le dernier volume du cycle de La Jeunesse de Barbe Rouge, Les Mutinés de Port-Royal, dessiné par Daniel Redondo et écrit par Christian Perrissin. Ce dernier, qui a également repris la scénarisation de la série mère, avec Marc Bourgne au dessin, nous raconte sa première rencontre avec le pirate (Charlier ?) le plus célèbre de la bande dessinée. J’ai découvert l’univers de J.-M. Charlier dans Le Vaisseau Fantôme. Un choc. J’avais huit ans, c’était un cadeau de… Communion. Que cette première histoire de Charlier aie été un Barbe-Rouge n’a rien d’étonnant, je me passionnais déjà pour la Marine à voile. Ce qui m’a tout de suite troublé dans le Vaisseau Fantôme, c’est que Barbe-Rouge en est le personnage principal, mais comme c’est un pirate sanguinaire, à la trogne patibulaire, je ne parvenais pas à m’identifier à lui. (J’étais communiant…) Et comme il me fallait à tout prix un héros pour pouvoir continuer ma lecture en toute quiétude, c’est le second du Faucon Noir, Moralès, qui a eu ma faveur. Je me souviens parfaitement du déclic : une vignette, au tout début du récit, dans laquelle Moralès avoue avoir peur du mystérieux vaisseau qui croise, tous feux éteints, la route du Faucon Noir. J’aurais dû me méfier, un héros qui a peur, ce n’est pas bon signe. Mais au milieu de cet équipage de brutes épaisses, un peu d’humanité me rassurait : à moi aussi, il fichait une sacrée trouille, ce vaisseau fantôme. Alors, va pour Moralès… Hélas… Quinze pages plus loin, Moralès commet à mes yeux, l’irréparable : Pendant que Barbe-Rouge et une partie des pirates sont partis piller l’or de Vera Cruz, Moralès et ses mutins s’emparent du Faucon Noir et abandonnèrent leurs frères de la côte à l’ennemi ! Je ne pouvais accepter pareille trahison. Pourtant, quand on y réfléchit bien, trahir un démon… y avait pas de quoi fouetter un chat. Mais… j’étais communiant. Exit Moralès et adieu Barbe-Rouge, massacré par les troupes espagnoles. Plus de protagonistes et je n’en étais qu’à la moitié du bouquin ! Je me raccroche à Baba et Triple Patte, prisonnier à fond de cale. Ils ne m’étaient pas antipathiques, ces deux-là, mais je sentais bien qu’ils n’étaient que des seconds rôles, des faire-valoirs. Tant pis, je les accompagne jusqu’en Bretagne, où ils retrouvent le fils adoptif de Barbe-Rouge : Eric. Un jeune et beau capitaine, courageux et fin bretteur. Il était enfin là, mon héros ! Mais c’était aussi la fin de l’album. Vite, la suite ! Trois mois à patienter, je l’aurais pour mon anniversaire… J’ai donc neuf ans quand je retrouve Eric, bien décidé à m’embarquer avec lui pour la Terre de Feu, cap sur L’Île de L’Homme Mort. Le récit promet d’être captivant. Je l’ai trouvé d’un fade ! Une histoire pourtant bien ficelée : suspense et coups de théâtre, tempêtes et abordages… bref, du Charlier en grande forme. Mais je ne retrouvais pas la fascination du Vaisseau Fantôme. Eric m’ennuyait. Son honnêteté, son intégrité, sa force physique et morale… il était trop parfait, et j’en regrettais presque les faiblesses d’un Moralès. Je n’avais qu’une hâte, retrouver mon Démon des Caraïbes (qui n’était pas mort, vous l’aurez deviné). Avec le Vaisseau Fantôme, Charlier m’avait ouvert les yeux sur un univers bien moins manichéen que celui de mes lectures précédentes. Grâce à lui, j’allais avoir envie de découvrir toute une pléiade de personnages toujours plus complexes. Blueberry d’abord. Puis Corto Maltese, Jonathan, Alak Sinner, Vic Valence… Et si, aujourd’hui, on doit établir une passerelle entre le Barbe-Rouge de Charlier et ma vision du pirate, elle se situe là : dans ma volonté de naviguer en eaux troubles, dans le sillage de compagnons de fortune sans gloire et sans panache. Mais tellement humains. Alors, merci Monsieur Charlier Christian Perrissin

Interviews

La nouvelle vie de Barbe Rouge

C’est avec l’enthousiasme d’un tout jeune scénariste, néanmoins nanti de l’expérience acquise sur le cycle de La Jeunesse de Barbe Rouge, que Perrissin a concocté pour son complice Marc Bourgne un Barbe Rouge résolument moderne.Qu’est-ce qui vous a décidé à reprendre Barbe Rouge ?MB : Tout d’abord la présence de Christian Perissin au scénario. J’avais énormément apprécié son travail sur La Jeunesse de Barbe Rouge. Et puis je ne suis pas contre l’idée des reprises : cela s’est toujours fait en BD. On oublie trop souvent que sans ce principe-là, Franquin n’aurait jamais fait de Spirou ! Et puis Barbe Rouge est une série de grande aventure, elle convient bien à mon univers.Jusqu’à présent vous étiez seul maître à bord avec la série Etre libre, contrairement à aujourd’hui.MB : Je me suis senti un peu seul après mes cinq albums. Notre métier est déjà très solitaire. Je commençai à souffrir d’un manque de recul sur mon travail. Il me manquait un écho.Christian est intervenu ?CP : Oui, nous avons fait un mariage de raison. Je voulais travailler avec un dessinateur réaliste, et pas seulement dans le trait. Il fallait qu’il ait une vision réaliste du xviiie siècle, aussi bien dans les costumes que dans la reconstitution des navires.MB : Ma formation d’historien a pesé dans la balance !Charlier n’avait pourtant pas conçu Barbe Rouge comme une série résolument historique.MB : Barbe Rouge a été conçu à une époque où l’on privilégiait l’aventure et l’action. Depuis Bourgeon et Pellerin, on ne peut plus penser une série de flibuste telle que le faisaient Charlier et Hubinon dans les années 60.CP : L’aspect historique n’est pas forcément dans les dates ou les événements racontés. L’important est une ambiance qui sonne vraie, aux antipodes de la piraterie hollywoodienne.Le fait de "maîtriser" à la fois la série mère et La Jeunesse de Barbe Rouge change quelque chose pour vous ?CP : Mon idée à moyen terme serait de créer une passerelle entre les deux séries. On pourrait retrouver des personnages rencontrés dans La Jeunesse quelque 40 années plus tard.MB : La personnalité de Barbe Rouge est déjà une passerelle en soi. L’évocation de sa jeunesse a forcément un impact sur sa vision plus tard.CP : J’ai développé La Jeunesse à partir du personnage esquissé par Charlier dans la série mère. J’ai fait le chemin à l’envers. Aujourd’hui je base mon travail sur la personnalité de Barbe Rouge à 20 ans pour que son évolution soit cohérente.Comment fonctionnez-vous ?MB : Je suis le premier lecteur de Christian. A partir de là s’ensuit une discussion sur son travail. J’ai accepté cette collaboration, car je savais Christian capable de me proposer des choses dont je n’étais pas capable. Je suis très enthousiaste sur son travail, tant sur les dialogues que pour l’action. Cela me donne envie de dessiner ce qu’il écrit très concrètement.CP : Nous discutons de certaines scènes à partir du découpage de Marc. C’est une interaction permanente.MB : Généralement nos critiques sont très constructives. Le regard extérieur prend là toute son importance. Seul, on a souvent tendance à se jeter dans des impasses.Cela doit vous changer de votre travail sur La Jeunesse ?CP : Cela n’a rien à voir. Daniel Redondo est espagnol et vit en Espagne. Ne parlant pas la même langue et étant très éloigné géographiquement, nous ne pouvons pas nous permettre d’incessants allers et retours durant l’élaboration d’un l’album. Il nous est donc difficile de dialoguer autant qu’on le souhaiterait.L’univers de Barbe Rouge n’est-il pas un peu désuet ?CP : Non, tout est dans la manière de le traiter. Cela dit, je comprends que cela puisse paraître dépassé. Nous avons tous en tête des références très hollywoodiennes et datées qui nuisent au genre.MB : Le problème est un peu le même avec le western.Sauf que la BD a suivi l’évolution cinématographique des westerns.CP : Il n’y a pas eu de films de pirates depuis bien longtemps, à part celui de Polanski. La raison en est le coût. Dans les années soixante, on se contentait de maquettes. Cela n’est plus possible aujourd’hui. Il y a également toute une superstition autour de ces films : ils seraient porteurs de malheur et représenteraient des gouffres financiers. Pour en revenir à la série, puisque je n’ai pas de références cinématographiques, je me rapporte souvent à des westerns comme Impitoyable de Clint Eastwood. On y sent une volonté de tenir compte de l’âge du héros, de son passé. C’est une vision résolument moderne.Avez-vous redéfini les personnages ?MB : Même si mon dessin est assez éloigné de celui d’Hubinon, il demeure classique. Hubinon est une référence depuis fort longtemps pour moi. J’admire chez lui le rendu des matières, par exemple, son découpage et sa lisibilité. J’aimais beaucoup sa vision de Barbe Rouge, grand et baraqué. Jijé et Pellerin l’ont représenté très différemment. Il doit être séduisant. On ne peut pas en imposer à tout un équipage sans un minimum de charisme. Il doit être droit, grand, il a l’œil qui brille…Faire évoluer Barbe Rouge, c’est une obligation ?CP : Ce n’est pas une obligation, c’est un devoir. Baba a toujours été présenté comme un Nègre un peu con. Cette vision choquante doit impérativement appartenir au passé. L’évolution psychologique des personnages est absolument indispensable sur des points comme celui-ci.MB : De mon côté je voulais intégrer à la série une présence féminine réelle. Nous avons essayé de travailler sans quitter des yeux notre désir de retour aux sources. Le titre de l’album en témoigne : L’Ombre du démon est une référence au Démon des Caraïbes. Nous avons conservé ce qui faisait tout l’intérêt de la série : le conflit entre Barbe Rouge et son fils Eric.Ils étaient souvent séparés par le passé. Ils ne se retrouvaient que lorsque l’un délivrait l’autre…CP : Nous avons fait exactement le contraire : ils sont sur le même bateau dès le début ; Barbe Rouge se fait engager incognito par Eric.Avez-vous donné un âge à vos personnages ?MB : Bien sûr. C’est un de mes principes de base. Eric a environ 25 ans et Barbe Rouge une soixantaine d’années.N’est-ce pas un peu âgé pour un marin de son époque ?CP : Je me suis posé cette question. Est-ce que je fais de lui un pirate vieux et fatigué ?On peut en effet se demander ce qui le fait encore courir !CP : Au début de l’histoire, il a tout perdu : le Faucon noir et son équipage. En 1740, la piraterie est complètement moribonde. Il cherche simplement à vivre comme il l’a toujours fait. Il a une haine contre la société de son époque, haine dont je m’efforce d’expliquer les racines dans La jeunesse.Vous tentez de donner une crédibilité psychologique au personnage, ce que ne faisait pas toujours Charlier ? MB : Je ne pense pas. Charlier s’est toujours interrogé sur la biographie de ses héros. Blueberry en est un très bon exemple. Mais c’est vrai qu’il s’investissait un peu moins dans Barbe Rouge.CP : Il existe deux types de biographies. D’un côté une approche purement événementielle, de l’autre un aspect plus psychologique. L’un ne va pas sans l’autre. Barbe Rouge ne peut pas être le démon des Caraïbes sans raison.Vous parlez moins d’Eric. C’est volontaire ?CP : Il nous a semblé que Barbe Rouge était plus intéressant, du fait de ses blessures. C’est lui le personnage central de la série.L’or est toujours le moteur de l’histoire ?CP : Bien sûr mais on peut aussi imaginer l’amour comme un ressort à l’aventure.Barbe Rouge amoureux ?CP : Dans cette histoire, Barbe Rouge a une compagne. Pour cause de censure, à l’époque de Charlier les filles étaient soit des garces, soit des défuntes en puissance. La nôtre est pire que Barbe Rouge. Elle a la moitié des morts de l’album sur la conscience et va séduire Eric. D’où un antagonisme décuplé entre le père et le fils. Ce n’était pas simple d’être une femme sur un bateau !On a du mal à reconnaître Barbe Rouge. C’est pour symboliser ce coup de jeune que vous lui avez rasé la barbe ?MB : Il fallait bien changer sa physionomie pour qu’il puisse embarquer incognito sur le bateau d’Eric. La mort de Triple-Patte au début de l’album contribue également à casser les repères.CP : ça n’était pas une volonté en écrivant l’histoire. Je ne voulais pas trouver à tout prix des artifices pour dynamiser le scénario.Pas très respectueux tout ça !MB : Ne croyez pas ça. Nous sommes excessivement respectueux de l’oeuvre originale. Nous avons 31 et 34 ans, nous sommes donc plus jeunes que la série et on ne raconte plus les mêmes histoires en 1998 qu’il y a 40 ans.Votre démarche n’est donc pas nostalgique.MB : Pas du tout. Cela tient davantage de la recréation que de la reprise. J’aimerais toucher les lecteurs autres que ceux qui ont lu et aimé Barbe Rouge à l’époque dans Pilote. Bien entendu, le choix de reprendre ce personnage n’est pas innocent. Charlier était mon scénariste préféré quand j’étais gosse.N’êtes-vous pas intimidé ?MB : Cela s'est fait très vite, je n’ai pas eu le temps de me poser ce genre de questions. L’angoisse ne m’est apparue qu’après avoir dessiné une dizaine de planches. J’ai réalisé que derrière ces personnages se cachaient Charlier, Hubinon, Jijé… Mais cette série n’était pas aussi mythique que d’autres.Vous êtes embarqués sur le Faucon noir pour longtemps ?MB : J’ai 31 ans. Je pense pouvoir dessiner encore une quarantaine d’années.CP : Moi je n’y pense pas. J’essaie de travailler sans plan de carrière. Tant que j’apprends, que je m’amuse…CF & BPY