Bignon

Bignon
Coloriste . Dessinateur

Biographie de Bignon

Alain Bignon est né le 19 mai 1947 à Saintes.

De formation ingénieur, c'est dans le secteur de la radiologie qu'il exerce au sein du bureau d'étude puis du service de recherches ses activités de salarié.

Parallèlement, il mène plusieurs activités artistiques notamment pour la publicité. C'est sur les conseils de Pichard et de Jacques Lob qu'il présente ses premières BD et publie ses premières planches à L'Écho des Savanes.

C'est en 1980 qu'il débute au journal Pilote alors dirigé par Guy Vidal. En collaboration avec celui-ci pour les textes, il signe les dessins d'Une éducation algérienne, Plus con on tue, Un malaise passager, Tout le monde aime le printemps, Adieu à la Pennsylvanie.

Les quatre premiers titres ont été compilés chez les Humanoïdes Associés sous le titre de Passé simple en 1993.

En 1985, il crée sa propre agence de communication visuelle où l'informatique tient un grand rôle. En 1987, il signe en solo chez Dargaud Le Parfum des choses. En 1992, toujours en solo, mais chez Delcourt, Rock star sur aquarelle.

Les années 90 verront plusieurs participations à des collectifs chez différents éditeurs : Vent d'Ouest : Brassens 56-62 ; Humanoïdes : Dessous fripon (avec Guy Vidal) ; Ikusager (Espagne) Los Derechos del Nino...

En 1996, c'est chez Dargaud, et en collaboration avec Jean-Claude Forest pour les textes, qu'il présente Il faut le croire pour le voir.

Dans les années 2000 paraissent plusieurs récits complets chez Dargaud en collaboration avec Rodolphe, comme la série de trois tomes La Voix des anges (2002-2005). Il avait déjà travaillé avec Rodolphe sur Les 4 morts de Betty Page, paru en 1999 chez P&T Production.

Alain Bignon nous a quitté le 16 octobre 2003.

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Bignon
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Bibliographie de Bignon

Voix des anges (La)
3 tomes
Série en cours
Il faut y croire pour le voir
1 tomes
Série terminée
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Articles et actualités

Interviews

Mon ami Alain

  Vendredi 17 octobre. Quelque chose comme 3 heures et demi. Je travaille devant mon écran. Le téléphone sonne. François. François Le Bescond, de Dargaud. Sa voix est bizarre. D’emblée, mon “ça va ?” prend un côté absurde, irréel. Non, c’est clair : quelque chose ne va pas. “Tu es au courant pour Alain ? “ Secousse glacée. Alain ? Pas besoin de chercher loin. Ni Poher, ni Duhamel ni Delon ! Mon Alain. Bignon, mon co-auteur, mon pote, mon ami. Le couperet est déjà tombé. Ce mot terrible, toujours terrible et inacceptable. Mais encore plus en cette circonstance*… Chantal, sa femme vient d’appeler. Alain vient d’être retrouvé chez lui : mort. On avait pensé déjeuner ensemble, et puis, non, on avait reporté à lundi. Quelque chose aurait-il été différent si on s’était retrouvé le midi ? sans doute… C’est son fils qui l’a découvert. Il était en survêtement. Il venait de faire un footing. Près de lui un verre d’eau. Alain ne faisait pas de sport ou très peu. À peine plus que moi. “No sport” comme se plaisait à dire Churchill pour expliquer les causes de sa longévité… Le vieux Winston avait-il effectivement raison ? Alain et moi, nous nous étions rencontrés au début des années 80. En ce temps-là, il portait la moustache, fournie, drue. C’était sous les auspices d’un autre moustachu que nous nous étions connus, Jacques Lob, l’ami Jacques. Fidèle à ses amis, Alain tenait à privilégier sa collaboration avec Guy Vidal qui leur valait à ce moment, le grand succès d’Une Education algérienne. Mais il était également ouvert à toutes les expériences. De toute façon, vue sa capacité à abattre l’ouvrage, Alain pouvait sans problème épuiser simultanément plusieurs scénaristes. Et ce tout en menant de jour des activités de chef d’entreprise, en concevant des décors, des stands, des affiches, et en écrivant, la nuit, le synopsis d’une pièce de théâtre ou les premiers chapitres d’un roman… Ensemble, nous avons réalisé des histoires courtes pour le mensuel Vécu. Plus tard, nous nous sommes attelés à un vaste polar BD ayant pour héroïnes les sosies de la fascinante Betty Page. Entretemps nous avions bien sûr élaboré cent projets. Qui n’avaient pas abouti. C’est ainsi. Quoi qu’il en soit, collaboration ou non, nous restions amis. On se retrouvait au fil des soirées en compagnie de camarades, dessinateurs pour la plupart, dont les techniques, dont les manières de résoudre les difficultés liées à leur expression, le passionnaient. Il y avait là, plus ou moins proches, Max Cabanes, Jean-Pierre Gibrat, Laurent Vicomte, Daniel Goossens et quelques autres… Je revois – comme dans une autre vie – un dîner dans l’atelier de Forest. Jacques également était là. Jacques Lob. Derrière nous, des tentures immenses, des canevas, des masses de cartons à dessin. Comme un décor de théâtre… Ce temps-là, sans Jacques, sans Jean-Claude, aujourd’hui sans Alain, me semble tout à coup terriblement loin… Je songe aussi – pour l’avoir précisément accrochée près de mon bureau – à une photo gag publiée dans Charlie et parodiant la fameuse scène, où en compagnie de Loisel, Le Tendre, Cabanes, Fred, Moliterni, Mellot, Lesueur et quelques autres, nous jouions les rôles de singuliers apôtres. Sur l’extrême droite de la photo, l’un à côté de l’autre, et levant leurs verres dans un bel ensemble, Alain et Guy Vidal… Je me note – mais pas pour tout de suite – de relire les albums que ces deux-là ont concoctés au fil de ces dernières décennies. Sans doute, quand j’aurai le courage de m’y replonger, retrouverais-je, au fil des pages, la marque indélébile de leur intelligence, de leur tendresse, de leur humanité, de leur humour… Certaines tournures de phrase qu’affectionnait Guy, quelques formidables expressions, quelques décors habités qui surgissaient spontanément sur la table à dessin d’Alain… Ces dernières années, nous avions entrepris ensemble la réalisation d’une trilogie : La Voix des anges. Au départ, une idée d’Alain. Une idée ambitieuse, nourrie directement de ses interrogations face au monde et à son avenir. Ce que nous laisserions l’un comme l’autre à nos enfants. L’histoire était également chargée de son dégoût viscéral pour la pensée unique et le politiquement correct. Doux, aimable, attentionné, courtois, poli, Alain se serait volontiers rêvé pirate de l’imaginaire, hussard du concept. Beaucoup de choses le faisaient gerber (dixit). Lorsqu’on se retrouvait dans MON chinois ou SON italien, c’était bien sûr pour discuter scénario ou mise en page, c’était également pour parler de nous, nos quotidiens, ce qui passait bien ou passait mal, les vertiges du temps, les peurs. Celle de vieillir, par exemple… C’était aussi pour confronter nos lectures du monde environnant, et reprendre un peu de liberté par rapport au prêt-à-penser culturel du Temps. Désormais, je parlerai seul comme le font les vieux. Mais si on y réfléchit bien, c’est assez logique que les vieux semblent ainsi parler tout seuls : ils sont entourés de tellement de fantômes… Rodolphe (*) Alain, 56 ans, regorgeait de vie, de santé, de projets…

Interviews

Un amour de Betty…

Il débutera l’an 2000 en charmante compagnie : celle de Betty Page. Associé à Rodolphe, Alain Bignon entame un retour dans la BD, quatre ans après son dernier album.Quatre années séparent la parution des 4 morts de Betty Page de votre précédent album, Il faut y croire pour le voir (avec Forest). Pourquoi un tel laps de temps ?Parce que j’ai des activités multiples — qui n’ont pas grand-chose à voir avec la bande dessinée — et qui me prennent une grosse part de mon temps ! J’espère toutefois, dans l’avenir, pouvoir me consacrer d’avantage à la bande dessinée et au dessin… Il y a là une liberté qui m’attire terriblement.Vous signez ce nouvel album avec Rodolphe. Pourquoi ?C’est une vieille histoire ! On s’est connus il y a 15 ou 20 ans, grâce à un ami commun, un certain Jacques Lob. Ce nom vous dit encore quelque chose ? Jacques était non seulement un scénariste hors pair, mais quelqu’un qui aimait faire en sorte que les gens dont il appréciait le travail et la personnalité se rencontrent, se découvrent, décident éventuellement de travailler ensemble…Vous aviez déjà travaillé en compagnie de Rodolphe ?Oui, il y a une dizaine d’années nous avons réalisé un ensemble d’histoires courtes pour Glénat. Pour des numéros spéciaux de Circus…Auparavant vous aviez collaboré avec Guy Vidal et Jean-Claude Forest. Ont-ils tous les trois un dénominateur commun ?Oui. Un dénominateur commun qui s’appelle l’amitié. Pour ma part, il me serait impossible de travailler hors ce rapport d’amitié… Pour le reste, ils ont en effet tous les trois des formes d’expressions, des thématiques, des sensibilités qui leur sont propres…Les 4 morts de Betty Page est publié chez l’éditeur belge P & T Productions. Vous aviez précédemment été édité aux éditions Dargaud, aux Humanos et chez Delcourt. Pourquoi ces changements ?Sans doute parce que le nomadisme est dans l’air du temps ! Alors je fais comme tout le monde : je me balade !…Qu’est-ce qui vous plaît en Betty ?Sa féminité, bien entendu ! Gosses, on est tous finalement amoureux de sa mère et de son institutrice ! Dans Betty, c’est ça que je retrouve : cette vision en contre-plongée d’une femme, avec jupe ample et poitrine avantageuse !… L’image d’une femme ronde, courbe, rassurante, souriante, gentille ! L’image aussi d’un temps révolu où l’on était porté par ses fantasmes. Revenir sur ce temps disparu, le ressusciter, en éterniser l’instant, c’est là quelque chose que je ne pouvais pas refuser !Qui était Betty Page ?Je vous l’ai dit : elle était ma mère et mon institutrice. Une de ces dames qui, gamin, vous prend sur ses genoux, de façon presque innocente. Presque, mais pas totalement. De la part du gamin en tout cas. Car celui-ci en profite pour voir, sentir, toucher, se frotter au maximum…Les 4 Morts de Betty Page représente-t-il une forme de biographie du modèle américain ?Une forme ? Oui, tout à fait ! Pas une bio officielle, c’est sûr, mais une bio quand même, version Bignon & Rodolphe !… L’Histoire vous savez, est évolutive. Les historiens, les avocats, les biographes, sans cesse s’approprient, ré-écrivent, ré-inventent. Alors pourquoi les auteurs de BD n’auraient-ils pas le droit de faire de même ? Je suis sûr que Betty a vécu l’histoire (policière) qu’on lui fait vivre. Je suis là pour l’attester. J’y étais. Avec mes crayons et mes pinceaux.À propos de crayons et de pinceaux, n’est-il pas difficile de faire vivre en tant que personnage quelqu’un qui a vraiment existé ?Tout tourne autour de l’idée d’interprétation. Si je plante mon chevalet dans la campagne, je ne découpe pas pour autant un bout du paysage avec mes ciseaux ! Ce que je pose sur ma toile, ce que j’emmène, c’est le paysage vu à travers moi, à travers mes yeux et ma main ! L’artiste est là pour donner une cohérence aux choses, pour construire un système cohérent… Et, bien sûr, ce qui est valable pour un peintre et un coin de campagne l’est tout autant pour Betty Page et un dessinateur de BD… Le personnage que je présente, c’est Betty vue à travers moi. Ma Betty. Celle d’Alain Bignon !Et la création du New York des années 1950 ? Cela ne vous a pas posé de gros problèmes ?Bah, problèmes de cuisine et d’intendance. Sans intérêt pour le public !Ces derniers temps vous avez travaillé sur des albums “longs métrages”. Il faut y croire pour le voir fait 100 planches, Les 4 morts de Betty Page en fait 82…C’est l’affaire de mes scénaristes. Mais si l’histoire qu’ils ont à raconter a du rythme et du souffle, pourquoi pas ? L’important c’est d’adapter la longueur du récit à l’importance du propos… Ces deux histoires avaient besoin de cette longueur… Dans d’autres cas, des albums de 46 ou 64 pages m’ont tout à fait satisfait…Quels sont vos projets ?Je vous l’ai dit : essayer de dessiner d’avantage ! Et approfondir aussi une certaine réflexion sur mon travail ! Tenter de trouver un type de dessin qui me satisfasse plus encore : un dessin peut-être plus figuratif, plus réaliste mais qui conserve néanmoins cette singularité qui est la mienne. Le réalisme absolu est un leurre. Reste toujours une épaisseur, quelque chose de lié à la personne, l’originalité du regard qui observe… L’histoire de la main qui écrit ou dessine…Vous avez toujours réalisé des albums indépendants. Des “one-shot” comme on dit aujourd’hui. N’êtes-vous pas tenté par le principe de la série ?C’est là en effet quelque chose sur quoi je réfléchis : créer un personnage récurrent, installer un climat, définir une galerie de personnages secondaires, les positionner par rapport à des situations données, trouver une façon simple et légère de parler de choses importantes. Celles du temps et les nôtres. J’espère y arriver…Charles Kerloc’h