Lucky Luke, un album hommage par Blutch

En ce jour anniversaire de la naissance de Morris paraît un nouvel album hommage... signé Blutch ! Entretien avec l'auteur.

Par l'équipe Dargaud

Les indomptés

Table des matières

En parallèle de la série classique, dont les nouveaux albums sont signés Jul et Achdé, ce Lucky Luke vu par… Blutch s’inscrit, après ceux de Matthieu Bonhomme, Bouzard, Mawil ou encore Ralph König, dans une série d’hommages très personnels à l'œuvre de Morris et de Goscinny.

« Les bras en l’air, coyote ! » La voix sort d’un buisson, avec le canon double d’une carabine. On pourrait croire qu’il en faut plus pour impressionner un cow-boy solitaire et loin de son foyer. Seulement voilà : c’est une fillette qui tient le fusil, et son petit frère n’est pas loin derrière. Ils ont bien un frère aîné, mais Lucky Luke lui-même vient de le mettre à l’ombre derrière les barreaux. Flanqué de ces deux gosses turbulents et imprévisibles, notre héros va croiser la route d’un shérif pantouflard, d’un vieux colonel sudiste, de citadins bagarreurs et d’un Indien flegmatique. Un rôle de nounou inédit… et désarçonnant !

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Blutch, "Lucky Luke première langue"

Même si son pseudonyme lui vient des Tuniques bleues, c’est bien dans Lucky Luke que s’enracine le travail d’auteur de Blutch. Pour lui, les albums de Morris et de Goscinny sont une référence absolue, une source à laquelle il ne fait jamais mystère de continuer à s’abreuver. C’est dire si cette relecture libre et personnelle constituait pour lui, comme il le dit lui-même, "un gros morceau". En lecteur érudit et amoureux, Blutch a pensé cette aventure comme un hommage : avec son rythme, ses couleurs, son langage et ses codes, elle s’inscrit bien dans la belle tradition « lucky lukienne » ; les clins d’œil et les références aux grands classiques de la série ne manquent d’ailleurs pas. Mais en auteur mature et sincère, il a su instaurer une juste distance avec l’œuvre originale pour insuffler à son histoire une dimension profondément intime. L’enfance, l’imagination et la paternité sont ainsi questionnées, dans ce style virtuose qui a valu à Blutch d’être reconnu comme un des plus grands auteurs du neuvième art.



On vous propose de découvrir sa leçon de dessin en vidéo :

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Entretien avec Blutch

Que représente Lucky Luke pour vous ?

Blutch

Blutch : Si j’étais écolier, je dirais que j’ai fait Lucky Luke première langue. C’est une option que j’ai prise très tôt, avec Tintin, Picsou et aussi les Pieds nickelés de Pellos, une lecture vers laquelle un goût naissant me portait, et

qui reste toujours pleine d’enseignements. Lucky Luke est un personnage étrange, opaque, qui m’intrigue encore. C’est un compagnon familier dont nous ne savons rien. Son existence connue se borne à son cheval, à la couleur de son costume et à la fameuse dernière case, où il nous quitte.

Comment avez-vous abordé ce travail ?

Blutch : Il s’agit d’un retour aux sources. Comme, du reste, d’autres travaux de relecture où j’ai interrogé la tradition. Cet été, en dessinant cet album, j’écoutais des entretiens de Brassens évoquant son goût pour la reprise de refrains populaires comme À la claire fontaine ou En passant par la Lorraine. Sa démarche résonnait avec ce que j’étais en train de faire. Même si par ailleurs je compose, avec Lucky Luke, je reprends un air du répertoire connu de tous, qui appartient à tout le monde. Une partition délicate car, tout en y insufflant mon tempérament propre, mes thèmes et motifs de prédilection, j’ai tenté de rester fidèle à l’esprit de Morris et de Goscinny.

Les Indomptés 3

Par quoi passe cette fidélité ?

Blutch : D’abord mettre mes pas dans ceux de Goscinny, suivre sa cadence infernale : même pagination serrée, même découpage en quatre bandes, pas de bavardage ni de littérature, mais de nombreux rebondissements, des ellipses, bref, un tempo vif, alerte ! Sur la durée réduite de l’album classique, Goscinny nous dit beaucoup de choses en peu de place. Chez lui, pas de gras. Je suis également attiré par son goût pour l’âpreté derrière la fausse bonhomie, le portant vers une forme de misanthropie détachée. Ses histoires sont peuplées de méchants imbéciles, d’incompétents satisfaits, de braves gens chez qui l’opportunisme le dispute à la veulerie, où seuls le héros et sa monture se montrent intègres au milieu d’une société qui ne les mérite pas.

Et dans ce monde d’adultes, vous amenez

 des enfants…

Les indomptés

Blutch : C’était le point de départ : le portrait de ces trois personnages, indisciplinés, mauvais sujets, mal élevés, apprentis hors-la-loi, livrés à eux-mêmes. Ceux qu’on désignait autrefois comme étant de la mauvaise herbe… L’enfant sauvage, en somme.

Mis en présence de ce type de tempérament, Lucky Luke se retrouve sur un terrain inconnu, confronté à des situations qu’il ne maîtrise pas et qui lui échappent.



Mes enfants m’ont servi de modèles. Cet album est également un salut qui leur est adressé. Je leur tire ici mon chapeau.

 

Les Indomptés 2

Il y a dans cet album beaucoup de références graphiques, de citations, de clins d’œil…

Blutch : Oui, bien sûr, j’ai puisé avec jubilation dans le répertoire de Lucky Luke : les panneaux d’entrée de ville, le shérif paresseux, la danseuse de cabaret au grand cœur, les commentaires de Jolly Jumper, la rapidité au tir, et bien sûr cette dernière case, le cow-boy chantant face au soleil couchant, qui a d’ailleurs été très étrange à dessiner. Mais je tenais à ce que le récit reste lisible même si le lecteur ne maîtrise pas toutes les références du genre. J’ai un seul regret, c’est un album sans Rantanplan. J’avais bien envisagé de lui donner un rôle, mais il est trop lié aux Dalton, qui sont des personnages autoritaires, de ceux qui prennent beaucoup de place dans une histoire. Ils tirent la couverture à eux. J’ai préféré faire sans eux. Et comme j’avais besoin de desperados, je suis allé les chercher dans l’album L’Escorte, la bande crapoteuse de Grubby Feller, qui me plaisait bien.

Saloon

Il y a en tout cas une belle bagarre de saloon…



Blutch : Pas de Lucky Luke sans la traditionnelle bagarre de saloon. Scène rituelle que j’adorais dessiner, étant petit. Pour celle de l’album, je suis allé chercher au fond des placards mes dessins de 1976 ou 1977. À l’âge de dix ans, quand on dessine pour soi, c’est sans peur ; nos insuffisances ne nous freinent pas, on ne cherche pas à séduire. Alors, j’y allais franchement : les types volent par-dessus les rambardes, défoncent les comptoirs… J’ai posé l’un de ces dessins devant moi, comme source d’inspiration, et ainsi l’enfant de dix ans a tendu la main à l’homme qu’il est devenu. 

Retrouvez Les Indomptés de Blutch en librairie et sur 9ème Store, en attendant on vous invite à feuilleter l'album :

I'm a poor (not so) lonesome cowboy ! ♫

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