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Les rêves de Vink

 

Interviews

 

Époustouflant de maîtrise graphique (ah, ses aquarelles !), on le savait. Original, novateur, insaisissable, c'était déjà un fait. Pourtant Vink nous surprend encore avec la sortie (en octobre chez Dargaud) du premier volume d'une nouvelle série intitulée Le Passager – tome 1 : La Traversée des nuages. "Vink n'est pas de ces brillants papillons que l'on fixe dans une jolie boîte vitrée", écrit F'murrr dans la préface de cet album*. Il a bien raison. Il n'y a en fait qu'une seule façon d'appréhender l'œuvre de cet artiste brillant : en lisant chacun de ses albums à la façon d'un rêve éveillé.

Nouvelle série, nouveau défi : quelle est votre principale motivation dans cette nouvelle étape ?

Le rêve. Aucun écrivain, cinéaste… aucun artiste ne peut se contenter de s'exprimer dans un seul registre. Pour ma part, je rêve de m'exprimer dans mille registres, de réaliser mille séries, de collaborer avec différents scénaristes… si seulement je pouvais vivre mille vies ! Vivre mille vies, rêve de mortel. Rêve d'auteur de bande dessinée en l'occurrence. Le rêve est le moteur principal de la création. Celui qui engendre La Traversée des nuages a pris forme il y a plus de dix ans, je me souviens l'avoir évoqué à un repas du soir entre gens de bande dessinée, dans notre jardin.

Dès les premières cases, Le Passager est une invitation au rêve, un voyage au pays de l'imaginaire. Et l'on sent que vous avez pris plaisir à illustrer ce qui ressemble à un conte, non ?

Le passager est celui qui ne fait que passer. Un coup de vent l'emporte dans les nuages et le voilà transporté d'un cadre de vie habituel à un autre environnement. Il croit rêver mais reconnaît vite qu'il vit une autre réalité. C'est ce qui se passe quand tu vas dans un pays lointain. Tu découvres un mélange de choses plus ou moins connues et de choses plus ou moins inconnues. Ce mélange, qui est source d'émerveillement et d'angoisse en même temps, est la substance même du rêve. Une fois traduit en mots, en images, il devient tout naturellement un conte que je raconte ici avec Cine, ma femme. Mais le rêve a ses racines dans la réalité. L'imaginaire du rêve ne se construit pas avec le néant mais avec des éléments connus, vécus, et parfois perçus inconsciemment. Encore une fois, je le compare à un voyage lointain. Dans les deux cas, tu t'éloignes d'un cadre de vie pour t'approcher un autre ; c'est une évasion qui permet un regard neuf sur le monde et pourquoi pas sur l'univers ? En tout cas c'est amusant de varier ses points de vue. En plus, le rêve devenu conte et matérialisé sur le papier permet de découvrir le rêveur, lui-même voyageur qui se découvre tout au long de ses pérégrinations.

Vous restez fidèle à l'aquarelle, et ici cette technique épouse vraiment votre intention, nous sommes bien "ailleurs" !

Le Passager se situe dans le genre merveilleux, entre guillemets. Pour cela, j'ai adopté un dessin un peu moins réaliste des personnages, sinon techniquement rien n'a changé. Et l'aquarelle reste le traitement approprié au genre, il suffit de songer aux grands illustrateurs – surtout anglo-saxons – des deux siècles précédents. Oui, mes racines orientales puisent largement dans le terreau occidental. Cependant l'histoire ne se passe ni en Orient ni en Occident mais tout à fait ailleurs, comme vous le dites.

Et He Pao ?

Avec La Traversée des nuages, c'est comme si j'alterne le vin et le thé pour varier mes plaisirs. Je continuerai He Pao après le deuxième tome du Passager qui est en cours de réalisation. D'ailleurs le synopsis du prochain He Pao a déjà été présenté à notre regretté Guy Vidal, son titre et son projet de couverture quasiment prêts. Si seulement je pouvais vivre au moins deux vies en même temps…

Uther Pendragon

* F'murrr avait par ailleurs réalisé un portrait de Vink dans La Lettre n° 55.

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