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Florence Magnin abat ses cartes !

 

Interviews

 

L’avant-dernier tome de L’Héritage d’Émilie s’appelle Le Rêveur. Un nom qui va comme un gant à ce mélange de fantastique pur jus, d’imaginaire débridé et de grande aventure. Petit entretien avec Florence Magnin, créatrice singulière d’univers extraordinaires…

Avec ce nouveau tome, on explore un peu plus l’autre réalité du petit monde d’Émilie avec une présence de plus en plus importante de la science-fiction (univers parallèles, paradoxes spatiaux temporels, etc.).
Un nouveau monde pour vous, Florence Magnin, ou une simple résurgence de votre passé d’illustratrice ?
Je ne pense pas qu’on puisse vraiment parler de SF au sujet d’Émilie…Ni vaisseau spatial, ni armes futuristes! Ce ne sont que certains aspects de l’histoire qui méritent cette qualification. Les thèmes classiques de SF ou de fantastique ne sont pas si nombreux. Seule la manière de raconter les personnalise. En ce qui concerne Émilie, je n’ai fait qu’explorer ceux qui me sont proches. Un space opera aurait été plus difficile à peindre et mon passé d’illustratrice ne m’y aurait pas aidé…J’étais plutôt cataloguée heroïc fantasy ou médiéval fantastique.

Justement, L’Héritage d’Émilie n’était-il pas l’occasion pour vous, tout en restant en terrain connu, d’aborder d’autres genres ?
Ce n’était pas une décision préalable... Mais en même temps que l’apparition de nouveaux personnages entraînait le récit vers un style plus SF, l’arrivée d’Émilie au domaine ouvrait un réseau de passages que le synopsis ne prévoyait pas si nombreux! À présent que l’aventure touche à sa fin, j’ai l’impression d’avoir suivi mon héroïne plutôt que l’inverse! Peut-être d’autres histoires me donneront-elles l’occasion d’explorer ces nouveaux univers graphiques.

Quand vous avez créé cette série, quelles étaient vos références ?
Des centaines ! Depuis l’enfance nous entassons pêle-mêle tout ce qui passe à notre portée : contes, films, illustrations, souvenirs personnels... Mais il y a rarement, en ce qui me concerne, de références précises. C’est de ce mélange qu’émerge peu à peu un récit auquel la personnalité de son auteur va donner son originalité. Comme un enfant ressemble à ses ascendants et forme sa propre identité, une histoire nous en rappelle d’autres et devient malgré tout unique.

Votre dessin a encore évolué, l’illustration a définitivement cédé le pas à la bande dessinée. L’encrage lui-même est plus précis, vous avez changé de technique pour cet album ?
Ce quatrième tome est un « mixte » entre technique classique et couleur directe. Les planches ont d’abord été encrées puis mises en couleur sur « gris ». Le résultat final est à peine différent des albums précédents, mais cette nouvelle expérience m’a permis de travailler plus rapidement, sur un papier neuf avec des contrastes plus marqués et des couleurs plus lumineuses.

Vous aviez choisi les années 20 comme base de départ pour L’Héritage d’Émilie parce que vous disiez que c’était le maximum de modernité que vous vous sentiez capable de mettre en image. Cette évolution de votre dessin ne vous donne pas envie de raconter des histoires qui se dérouleraient à l’époque actuelle ?
Mon blocage par rapport à l’époque actuelle n’est (pas ?) que graphique ! J’ai certains projets dont plusieurs pourraient se dérouler dans un contexte actuel. Malheureusement, l’évolution du trait ne suffirait pas à résoudre le problème. Restent deux solutions : tourner la difficulté en décalant ces récits vers le steam-punk… ou les confier à d’autres !

L’histoire se complexifie au fur et à mesure des tomes. Non seulement on découvre de nouveaux univers, mais on suit en parallèle au moins trois quêtes différentes dans cet album.  Le travail sur le scénario a-t-il été plus important sur ce tome ?
Non. L’histoire se déroule d’elle-même. Mes seules difficultés tiennent au nombre réduit de pages dont je dispose.

Mis à part Émilie, tous les personnages sont ambigus, tour à tour sympathiques ou effrayants. Vous n’aimez pas les personnages trop manichéens manifestement ?
Tout le monde possède plusieurs visages. Un personnage résolument bon ou mauvais est pour moi une absurdité à la fois inconcevable et difficile à manipuler. Tandis qu’un serial killer sympathique apporte à coup sûr surprises et rebondissements !

Vous prenez de plus en plus de plaisir à raconter, non ?
Il me semble de plus en plus que le nouveau monde dont nous parlions au début se situe par là ! Et qu’il est même possible que le scénario prenne un jour le pas sur la réalisation graphique. 

La saga était prévue en deux tomes, puis trois, puis cinq. Suite et fin au prochain tome ?Promis…Fin au tome cinq…Mais j’aurais pu en faire six sans tirer sur la corde !

Et l’après Émilie ? Vous avez déjà des pistes ?
J’ai un cahier sur lequel je note les projets qui serviront peut-être un jour…Il faudrait plus de vingt ans pour en faire la moitié…Un sérieux tri s’impose…

Nicolas Thibaudin

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